Fly For Fun, du jeu vidéo à la BD : un manga français signé Rosalys

Aujourd’hui, je vous livre un billet spécial pour célébrer la publication de la première bande-dessinée professionnelle de mon amie Rosalys ! Pour les plus pressés, retenez juste qu’elle est accessible à l’adresse http://flyff.foolstrip.com et qu’une nouvelle planche sera mise en ligne chaque semaine.

Illustration annonçant le manga Fly For Fun par RosalysEt pour ceux qui ont un peu de temps, je vais présenter plus longuement cette œuvre. Il s’agit en fait de l’adaptation en BD du jeu vidéo en ligne Fly for Fun (Flyff). Elle est éditée grâce à la maison d’édition de bandes dessinées en ligne Foolstrip et l’éditeur de jeu Gala Network.

Fly For Fun est un jeu de rôle en ligne massivement multi-joueur (MMORPG) d’origine coréenne qui compte plusieurs millions de joueurs à travers le monde. Tout comme le jeu dont elle est issue, la BD est accessible gratuitement sur Internet, via le site de Foolstrip. Elle est scénarisée et dessinée par la jeune artiste nantaise Rosalys.

Fly For Fun baigne dans une atmosphère manga. Une filiation qu’on retrouve dans les planches de Rosalys, aussi bien dans les codes graphiques utilisés que dans le côté feuilletonnesque de l’œuvre. En effet, si les quatre premières planches du manga Fly for Fun sont d’ores et déjà disponibles, les lecteurs sont invités à suivre l’aventure à hauteur d’une à deux nouvelles planches par semaine (parution tous les mardis). Une version papier de cette BD est également destinée à être publiée dans l’avenir.

N’hésitez plus : envolez-vous dans les airs aux côtés de Fley, qui rêve de liberté dans un monde de tolérance entre les espèces. Mais que faire pour la paix, si ce n’est faire la guerre contre la guerre ? C’est le commencement d’une quête au nom de l’amitié où l’écoute d’autrui sera, plus que jamais, primordiale.

La BD, qui peut donc être lue gratuitement à l’adresse http://flyff.foolstrip.com, dispose également de son MySpace dédié. Enfin, n’hésitez pas à laisser des commentaires sur le forum consacré à ce titre ! J’espère que vous serez nombreux à encourager Rosalys au fil des mois que vont durer cette histoire.

Compte-rendu du Festival International du Film d’Animation d’Annecy 2008

Les personnages de Mia et le Migou dans AnnecyComme chaque année à la même époque, la ville d’Annecy a été le siège d’un Festival International du Film d’Animation qu’on assimile (à raison) au Cannes du dessin animé. Cette année, deux invités d’honneur : d’une part, l’Inde, à travers des projections et une exposition mettant en lumière ce pays émergent au niveau cinématographique ; d’autre part, les Simpson qui furent l’objet d’une journée dédiée et de mémorables séances de dédicaces de leur “père” Matt Groening. Mais on célébrait également le centenaire du premier film d’Emile Cohl, Fantasmagorie, ainsi que les 10 ans du distributeur Gebeka Films.
Le palmarès de la compétition de cette édition 2008 est d’ores et déjà en ligne. À travers les différents prix décernés, l’événement joue à fond son rôle de promoteur d’une “alternative” à l’animation de masse produite par les grands studios américains (qui ne sont pas pour autant dénigrés – chaque année sont ainsi proposées des avant-premières et des tables-rondes avec Pixar et les autres acteurs majeurs de l’animation mondiale).

Contrairement aux années précédentes, où je m’attachais à offrir un compte-rendu synthétique du festival, je vous propose ici une présentation de mes coups de cœur, tant en termes de longs (12 films vus) que de courts métrages (10 séances). Habituellement, j’écris des chroniques aussi objectives que possibles, en essayant d’analyser aussi bien les forces que les faiblesses des oeuvres auxquelles je m’intéresse ; exceptionnellement pour ce billet (et peut-être d’autres à venir), mes avis seront volontairement très subjectifs et tranchés.

Mia et le Migou, de Jacques-Rémy Girerd

Folimage présentait en avant-première mondiale son nouveau long métrage (sortie prévue en France le 3 décembre 2008). Avec cette nouvelle réalisation, le studio de Valence propose en quelque sorte un Princesse Mononoke à la française. Les thèmes abordés – la préservation de notre environnement face à des industriels sans scrupules, la protection de la nature par de mystérieuses divinités, le voyage initiatique – rappellent immanquablement les préoccupations de Hayao Miyazaki. S’il est difficile de ne pas penser au maître japonais de l’animation en visionnant certaines scènes de Mia et le Migou, le film mêle les influences (l’héroïne a des petits airs de Zia des Mystérieuses Cités d’Or) et se situe, de par les messages véhiculés, dans la droite lignée des précédentes productions de Jacques-Rémy Girerd.

Illustration extraite de Mia et le MigouL’histoire met en scène Mia, une fillette d’Amérique du Sud qui a récemment perdu sa mère. Ne supportant plus d’être seule, elle décide de partir à la recherche de son père. Celui-ci est ouvrier sur un chantier dont l’objectif est de transformer une superbe baie naturelle en résidence hôtelière de luxe pour clients fortunés. Le commanditaire du projet est un entrepreneur sans scrupules qui s’est laissé consumer par le travail au point de sacrifier sa vie de famille. Alors quand des incidents mystérieux surviennent sur le chantier, il refuse évidemment de prendre en compte les avertissements que l’environnement lui adresse… Pendant ce temps, Mia traverse le pays et découvre des facettes très diverses de la nature humaine.

Que ce soit clair : Mia et le Migou est mon grand coup de coeur de ce 32e Festival International du Film d’Animation d’Annecy ! Le dessin 2D est superbe, l’animation fluide, l’ambiance musicale en parfaite adéquation avec les images, le propos à la fois touchant et essentiel, le doublage soigné… l’ensemble a été peaufiné avec une précision d’orfèvre, jusqu’au générique de fin qui voient deux chanteurs investis dans la cause environnementale (Olivia Ruiz et Mickaël Furnon) interpréter une chanson spécialement pour l’occasion.

Evangelion: 1.0 You are (not) alone, de Hideaki Anno, Masayuki et Kazuya Tsurumaki

Illustration annonçant Evangelion: 1.0 You are (not) aloneEst-il encore nécessaire de présenter Evangelion, l’œuvre qui a révolutionné l’animation japonaise au milieu des années 90, de par ses audaces narratives et esthétiques ? Le studio Gainax a décidé de se lancer dans une vaste entreprise de “remise à jour” de son titre culte sous la forme de 4 longs-métrages à sortir entre 2007 et 2009. Ce premier opus condense les 6 premiers épisodes de la série télévisée.

En sortant de la séance, que se dire d’autre que “quelle claque !”. Non pas que la technique derrière le film soit révolutionnaire. Elle est de bonne facture, avec une utilisation raisonnable et raisonnée de l’ordinateur. Mais alors qu’on aurait pu s’attendre à une énième reprise des séquences de la série (comme c’était le cas dans le film “compilation” Death), on est surpris de découvrir que chaque plan a été redessiné pour l’occasion. C’est bien simple : on a l’impression de naviguer en terre connue et, pourtant, on est grisé par la sensation de nouveauté. Les ambiances sont ainsi foncièrement respectueuses de l’œuvre initiale tout en ayant leur personnalité propre. Quant au scénario, il est bien connu des fans de longue date (dont je fais partie). Pourtant viennent s’y glisser des éléments inédits : qui sont les mystérieux trois (et non plus deux) premiers anges apparus avant 2015 ? Que planifie véritablement Gendô depuis plus de 15 ans ? Qu’est-ce qui se cache véritablement au cœur du Central Dogma ? Ces nouvelles questions aiguisent l’intérêt du spectateur.

Il eut été difficile de faire une meilleure relecture des débuts d’Evangelion. Le travail d’adaptation est remarquable et confère à ce premier long métrage une unité indiscutable. Evangelion: 1.0 You are (not) alone devrait ainsi plaire aussi bien aux amateurs de la première heure qu’à ceux qui, jusque là, n’avaient pas le courage de se lancer dans cette série d’une dizaine d’heures.

Nul doute que, comme en 1995, Gainax va de nouveau nous mener en bateau. Mais quel pied que de se laisser conduire par d’aussi bons capitaines !

Byôsoku 5 Centimeters, de Makoto Shinkai

Image extraite de Byôsoku 5 CentimetersMakoto Shinkai est un réalisateur encore injustement méconnu des fans d’animation. Il s’est pourtant distingué dès 2002 sur Hoshi no koe/The Voices of a Distant Star, qu’il a réalisé quasiment seul. Quant à son premier long métrage, Kumo no mukô, yakusoku no basho/The Place Promided in Our Early Days, j’ai déjà au l’occasion de dire tout le bien que j’en pensais.

Makoto Shinkai revient avec un film tout aussi poétique que ses précédentes réalisations. Byôsoku 5 Centimeters est décomposé en trois segments qui ont pour thème commun la distance (amoureuse, physique) séparant des êtres attirés l’un vers l’autre. Des personnages touchants, une esthétique sublime. Byôsoku 5 Centimeters est une pépite proposée dans le plus beau des écrins.

Quelques films supplémentaires à voir

Mon festival a commencé par la projection de Die drei Räuber/Les Trois Brigands, d’après le livre de Tomi Ungere. Un très sympathique film qui a d’ailleurs reçu le prix du public pour les longs métrages. Un conte avec une orpheline, des brigands au grand coeur, et une méchante directrice au nez crochu.

La semaine m’a également donné l’occasion de rattraper mon retard sur certains films et de visionner notamment Peur(s) du Noir auquel ont contribué plusieurs artistes reconnus internationalement dans le milieu de la BD (Blutch, Charles Burns, Lorenzo Mattoti). Une collection de différents courts métrages autour du noir et des cauchemars qui vont avec. L’ensemble se laisse voir avec beaucoup de plaisir. Dommage seulement que toutes les séquences ne soient pas du même intérêt scénaristique.

Matt Groening n’a pas hésité à dédicacer pendant près de 3 heures pour combler ses fans !Enfin, j’ai profité du fait que les Simpson soient mis en avant pour voir le film inspiré de la série TV sorti au cinéma en 2007. Un bon moment de rigolade, tirant pleinement parti du potentiel narratif des différents personnages de Springfield.

Les déceptions

Le deuxième long métrage inspiré par Appleseed (dénommé Appleseed: Ex Machina, produit par John Woo) m’a beaucoup déçu par la faiblesse de son scénario (tout paraît cousu de fil blanc). De même pour le long métrage indien Return of Hanuman, poussif tant dans son scénario que dans son animation – sans parler du fait qu’il m’est douloureux de voir des hommes prier leur dieu de vaincre le mal qu’ils ont eux-même créé.

Terminons cette partie par un mot concernant la projection de Fly me to the Moon : si ce long métrage belge est de facture classique, son plus gros défaut réside dans le mal de tête qu’il provoque. En effet, le film a été conçu pour être visionné en relief avec les lunettes adéquates… et si la technologie a fait de gros progrès au fil des ans, elle n’est pas encore véritablement convaincante.

Compétition officielle de courts métrages

Cette année, mes préférences coïncident globalement avec celles des différents jurys. Auréolé du Cristal du Meilleur Court-Métrage, La Maison en Petits Cubes, du japonais Kunio Kato, constitue une douce évocation de souvenirs pour un grand-père à l’automne de sa vie. Pas d’effets de manche techniques, tout sert ici l’efficacité du récit. KJFG N°5, du russe Alexei Alexeev, est un court métrage de deux minutes très efficace : il met en scène un groupe de musique constitué d’un ours, d’un lapin et d’un loup… mais quand le chasseur arrive, la musique va-t-elle leur être d’un grand secours ?

Image extraite de Skhizein de Jérémy Clapin Enfin Skhizein, du français Jérémy Clapin, narre la vie à la fois comique et grave d’Henri (doublé par Julien Boisselier) , un personnage frappé par une météorite de 150 tonnes… Depuis cet événement, Henri vit à 91 cm de lui-même. Dans un pareil cas, est-il possible de se retrouver ou faut-il plutôt s’accommoder de sa nouvelle condition ?

Parmi les films qui n’ont pas fait l’objet de distinction particulière mais que je conseille vivement figurent :

  • Fantasie in Bubblewrap, d’Arthur Metcalf : vous faites partie de ces gens qui prennent un malin plaisir à éclater les bulles des papiers bulles ? Eh bien, découvrez l’envers du décor et le traumatisme horrible que vivent ces petites bulles en voyant leurs consoeurs se faire massacrer par vos gros doigts !
  • Hot Dog, de Bill Plympton : le nouveau court métrage du studio Plympton et la confirmation que l’art de Bill Plympton se prête mieux à ce format qu’à celui du long métrage (ainsi Idiots and Angels, l’autre film du réalisateur américain en compétition – mais dans la catégorie des longs métrages – souffrait de longueurs inutiles). Un chien rêve d’aider son maître, pompier de son état. Pour cela, il est prêt à tout, jusqu’à provoquer les pires catastrophes.
  • Arrosez-les bien, de Christelle Soutif : drôle et dynamique, un film qui vous fera définitivement douter des bienfaits des OGM !
  • The hidden life of the burrowing owl, de Mike Roush : ou comment détourner avec talent les codes du documentaire animalier…
  • On the Edge, d’Artem Sukharev et Nikita Ratnikov : à quoi pourrait ressembler la vie d’un patineur artistique qui deviendrait routier ? Tel est le point de départ de ce court métrage particulièrement efficace dans ses exagérations.
  • Paradise, de Jesse Rosensweet : en général, je ne suis pas fan de l’animation à base de marionnettes. Pourtant, dans le cas présent, j’ai été charmé par cette histoire dans un univers où tout paraît prédéterminé par les rails sur lesquels évoluent les personnages.

Compétition officielle de films de fin d’étude

Comme à l’accoutumée, le niveau était très hétérogène dans cette catégorie, tant dans la qualité que dans la forme des œuvres en compétition. Un point que nombre de spectateurs ont remarqué : la sélection mettait en avant beaucoup d’oeuvres assez noires et pessimistes. Que feront ces jeunes artistes à l’avenir, s’enfonceront-ils dans la noirceur ou gagneront-ils un peu de lumière ? La question est posée et il nous faudra attendre quelques années avant de pouvoir esquisser une réponse.

Image extraite de My Happy End de Milen VitanovDe mon point de vue, un film se distinguait très nettement : My Happy End de Milen Vitanov, relecture moderne des cartoon à l’ancienne. Un vrai plaisir !

Quelques films de fin d’étude qui m’ont paru se démarquer : Camera obscura (grâce à un appareillage spécial, un aveugle se retrouve capable de revisualiser les principaux événements de sa vie), Muscleman (un hommage aux combats de robots géants des séries animées japonaises et autres sentai), Office noise (une vision drôle et pertinente des relations au travail), Questions pour un Champignon (court avec une très bonne chute), Oktapodi (cette course-poursuite entre deux poulpes produite par les Gobelins justifie pleinement le prestige de cette école), Hugh (une jolie légende indienne sur la persévérance et la “folie” nécessaire pour changer le monde, avec une mise en scène particulièrement intelligente), La Queue de la Souris (un conte des temps modernes, avec une souris qui doit user de milles astuces pour ne pas être dévorée par le lion de la forêt), Eskimo (ou la véritable nature des glaces que vous dégustez dans les cinémas), Tôt ou tard (quand un écureuil rencontre une chauve-souris solitaire).

Marine, de Mathieu ChaptelTerminons par une note qui intéressera mes lecteurs nantais : deux films produits à l’école Pivaut étaient en compétition… et ils m’ont très agréablement surpris. Au-delà de l’influence manga palpable dans les deux œuvres concernées (O Voo et Marine), la qualité de ces films (réalisé, chacun, par une seule personne) faisait plaisir à voir !

Maintenant, rendez-vous l’an prochain du 8 au 13 juin pour une nouvelle semaine très animée !

Pour aller plus loin

Isao Takahata à Nantes le 8 juillet 2008 !

Dans le cadre de l’exposition “Mondes et merveilles du dessin animé. Grimault. Takahata. Miyazaki” à l’Abbaye de Fontevraud, Isao Takahata (réalisateur, entre autres, du Tombeau des Lucioles et de Mes Voisins les Yamada au studio Ghibli) viendra le 08/07/08 au cinéma Le Katorza à Nantes. Il présentera Le Roi et l’Oiseau de Paul Grimault à 18h00 puis Le Tombeau des Lucioles à 19h50 suivi d’une rencontre-débat.

Il sera possible de réserver des places au cinéma dès le mercredi 2 juillet (tarif plein : 7.50 euros ; tarif réduit : 5.80 euros ; 10 euros pour les deux films). Un rendez-vous à ne pas manquer !

Rencontre avec Manu Larcenet, auteur du Combat Ordinaire

C’est un Manu Larcenet décontracté et affable que nous retrouvons dans un petit restaurant de Nantes, juste avant sa dédicace à la librairie Aladin. Il se plie de bonne grâce à l’exercice de l’interview et ce, même si plusieurs journalistes se sont déjà succédés pour le questionner sur son travail. Il faut dire que ce n’est pas tous les jours qu’une telle figure de la bande-dessinée contemporaine se déplace !

Rencontre avec Manu Larcenet à NantesUn petit flash-back pour commencer : Manu Larcenet a longtemps collaboré au magazine Fluide Glacial où il a fait ses premières armes. Parallèlement, il a développé différents projets pour des éditeurs aussi variés que Glénat, Dupuis, Delcourt… et bien entendu Dargaud (chez qui il signe Le Combat Ordinaire en 2003, probablement son oeuvre la plus connue) et Les Rêveurs (une structure associative qu’il a contribué à créer). Aujourd’hui, il ne publie plus que chez ces deux dernières maisons d’édition, chez lesquelles il dit se sentir particulièrement bien. Il y apprécie d’être bien traité, mais surtout, il est sensible au fait que, dans ces deux structures, “on trouve des gens qui aiment vraiment les livres“. Larcenet regrette ainsi que, chez certains, la BD ne soit plus vue que comme un produit commercial… tout comme il fustige le peu d’exigence de quelques éditeurs vis-à-vis des ouvrages qu’ils publient. L’auteur du Combat Ordinaire n’y va d’ailleurs pas avec le dos de la cuillère quand il affirme que, pour lui, “il y a désormais 95% de merdes, de trucs à jeter.” La raison ? “Les éditeurs n’accompagnent plus suffisamment les jeunes auteurs sur leurs projets. Ils ne les mettent pas face à leurs erreurs. L’autre problème, c’est qu’un certain nombre de jeunes ont une vision faussée du métier : pour eux, ce qui compte, c’est la fin, autrement dit le fait d’avoir un album publié. Or, à mon avis, l’important est de réussir à raconter une belle histoire. Et ce que j’aime, c’est le travail pour y parvenir.

En parlant de travail, quelles sont les références de Larcenet ? Courbet, Cézanne et Picasso… autant de grands noms dont il admirait les tableaux lorsqu’il traînait au Musée d’Orsay à 15 ans. Larcenet poursuit alors en expliquant que, selon lui, leurs successeurs ne sont pas à chercher du côté de l’art contemporain, mais plutôt des auteurs de BD tels que Blutch et Reiser. Quelques échanges suffisent à sentir la passion de Larcenet pour l’art au sens le plus large, de la peinture au cinéma en passant par la musique.

Au delà des différentes formes artistiques, qu’en est-il du fond ?
Quand on se risque à lui rappeler que ses BD sont souvent perçues comme engagées, Larcenet se redresse et conteste : “Je ne fais que des BD non engagées. J’ai longtemps milité dans des groupuscules d’extrême-gauche, tel le Scalp, et je n’ai pas aimé ce que je devenais. Alors, bien entendu, mes albums sont le reflet de ma sensibilité. Mais je n’invite personne à suivre ce regard-là.” Et lorsqu’on évoque l’une des dernières scènes du Combat Ordinaire, les huit pages de discussions entre Marco et Pablo au lendemain de l’élection de Nicolas Sarkozy en tant que Président de la République, Larcenet est embêté qu’on la voit comme éminemment politique. “Si les lecteurs la perçoivent ainsi, c’est que j’ai raté quelque chose“, confesse-t-il avec une sincérité touchante. “Cette séquence, c’est simplement le discours d’un homme qui a trop bu, pour finir sur un passage de témoin entre Pablo et Marco. Car ce qui constitue véritablement le thème des quatre tomes du Combat Ordinaire, c’est la transmission.

Manu Larcenet en pleine dédicace à la librairie Aladin à NantesDevant un récit accordant une telle place à l’intime, il est tentant de rechercher les similitudes entre la fiction et la vie de l’auteur. Mais Larcenet se défend de toute velléité auto-biographique : “Plus jeune, j’ai fait de l’auto-biographie chez Les Rêveurs. Mais j’ai choisi d’aller au-delà. Le Combat Ordinaire n’est surtout pas de l’auto-biographie. Bien entendu, j’insère des éléments qui me tiennent à coeur. Je m’attache néanmoins à ne pas faire réagir Marco comme je le ferais moi-même. Et c’est justement jouissif de lui faire solutionner des problèmes que je n’ai, pour ma part, toujours pas solutionnés. Selon moi, il faut passer par la fiction pour accéder à une forme de vérité.” Et Larcenet de citer alors Lacan : “La vérité a une structure de fiction.

Ses projets ? Certainement un nouveau Retour à la Terre pour l’automne (Jean-Yves Ferri en termine le scénario), un projet plus expérimental pour Les Rêveurs et, bien entendu, Blast (série à paraître chez Dargaud). Ce dernier titre est le projet que l’auteur met actuellement le plus en avant, notamment sur son blog : la descente aux enfers d’un homme qui va mal, à mille lieux de la trajectoire plus lumineuse du héros du Combat Ordinaire. Mais quand on voit la richesse et la profondeur de Larcenet, on sait d’ores et déjà que, même en parlant de descente, il tirera ses lecteurs vers le haut.

Pour aller plus loin :
la chronique du quatrième tome du Combat Ordinaire que j’ai publiée mi-mars et celle proposée par Nathalie Rézeau sur le site du Kinorama
la retranscription de l’entretien donné par Manu Larcenet au Kinorama

Remerciements à Angèle Pacary (Dargaud), Nathalie Rézeau et Jean-Marc Vigouroux (Le Kinorama) pour avoir permis cette rencontre.

Paul à la campagne, de Michel Rabagliati

Couverture de Paul à la Campagne de Michel RabagliatiAvec Paul à la Campagne, le québecquois Michel Rabagliati signait, en 1999, sa première BD. À l’époque, il n’imaginait sans doute pas que son personnage deviendrait le héros récurrent de plusieurs albums et que son oeuvre traverserait l’Atlantique pour rencontrer un joli petit succès d’estime en France.

Paul est un homme comme un autre, un père de famille qui aime se remémorer les moments marquants de sa jeunesse. Partir en vacances avec sa fille dans la région de son enfance lui donne l’occasion de revivre les expériences du passé : les journées tranquilles avec la tante Janette, les bêtises à l’école ou encore les parties de pêche avec le copain Alain. Nul épisode extra-ordinaire dans les récits de Michel Rabagliati, juste le talent de l’auteur pour mettre en relief l’épaisseur d’expériences en apparence anodines. Le Québecquois flirte avec le registre auto-biographique sans jamais tomber dans la platitude. Et sert à ses lecteurs des épisodes dans lesquels il fait bon se réfugier, à la manière d’une Madeleine de Proust.

Paul à la campagne, par Michel Rabagliati
Récit complet d’une série comprenant 5 tomes pouvant se lire indépendamment les uns des autres
Genre : récit de vie
À partir de 15 ans
Éditeur : Les Éditions de la Pastèque

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