Shooting Dogs, de Michael Caton-Jones

Shooting Dogs est inspiré de faits s’étant déroulés dans une école de Kigali, la capitale rwandaise, au printemps 1994. Suite à l’assassinat, le 6 avril 1994, du président rwandais, le fragile équilibre entre les ethnis hutu et tutsi est ébranlé, le chaos s’installe. Le projet génocidaire préparé par des extrémistes hutus se met en place. En moins de cent jours, près d’un million de personnes sont victimes d’une extermination systématique perpétrée par des miliciens encadrés par les Forces Armées Rwandaises. Lorsque ces exactions ont eu lieu, l’ONU était sur place… mais avec pour seule mission de surveiller la paix entre Hutus et Tutsis, et non pas de la faire respecter. Les Casques Bleus regardaient, sans intervenir.
Dans la nuit qui suit le coup d’état rwandais, le père Christopher et Joe, un jeune instituteur britannique, voient arriver dans leur école près de 2000 Tutsis. Ceux-ci viennent chercher la protection des soldats de l’ONU qui avaient élu domicile dans ces locaux. Tandis que la barbarie gagne chaque jour en intensité, les miliciens hutus se rassemblent aux portes de l’école dans l’attente de pouvoir accomplir leur horrible forfait. Jusqu’où peuvent aller courage, amour et foi quand des hommes se transforment en monstres sanguinaires ?

Shooting Dogs est, à l’image d’Hôtel Rwanda, un film dur et poignant. A l’image de nombreuses oeuvres mettant en scène une guerre civile, il interpelle d’abord sur le processus conduisant des hommes à se transformer en meurtriers sans foi ni loi. Forcément, ce n’est pas la plus belle face de l’homme qui est mise en avant dans de pareils cas. Shooting dogs trouve toutefois un équilibre grâce aux figures positives de Christopher et Joe. Le film évite d’ailleurs soigneusement d’idéaliser ces deux personnages plus que de raison. Si Christopher et Joe font preuve, plus d’une fois, de qualités de coeur et de courage évidentes, ils n’en sont pas moins ébranlés par la tragédie qui se joue devant leurs yeux. Rester sur place et risquer sa vie en permanence, ou partir en laissant les Tutsis se faire massacrer, voilà le terrible dilemme qui se pose à eux.
Les Occidentaux – et leur coupable passivité – ne sont pas oubliés. Ce qui intéresse les pays européens, c’est le sort de leurs dizaines de ressortissants – et non pas celui des milliers de Rwandais qui, chaque jour, trouvent la mort. Les journalistes de la BBC dépêchés sur place filment les cadavres parce que seule l’image brute peut frapper le téléspectateur occidental… tout en sachant bien que les images les plus crues ne seront jamais diffusées. Parce que ce qui intéresse le Français, l’Allemand ou l’Italien, c’est le destin de ses compatriotes, et non pas celui de milliers de Noirs. A ce sujet, le film m’a remis face à ma décision de ne plus regarder le JT, prise au moment de la guerre au Kosovo. A l’époque, j’avais été choqué par la violence des images, les cadavres qu’on nous montrait sans ambages. Il m’avait semblé que c’était pousser bien loin le voyeurisme, plus encore que jamais auparavant. J’imaginais les journalistes, sur le terrain, guetter les plus terribles scènes afin de permettre à leur employeur respectif de faire un maximum d’audience. Ce n’est que plus tard que j’ai compris que les personnes les plus méprisables dans le procédé, ce ne sont pas les grands reporters (qui ont, pour certains, une volonté noble de témoigner), mais nous autres, les boeufs qui, pour prendre conscience qu’une tragédie se joue à l’autre bout de la planète, ont besoin de voir les pires images jamais filmées.
Au final, un long-métrage vrai, porté par des acteurs (John Hurt, Hugh Dancy et Clare-Hope Ashitey en tête) à la hauteur du rôle qui leur incombait. Lors d’un moment-clef du film, un des personnages explique qu’il faut en permanence s’attacher à occuper aux mieux les jours que nous pouvons passer sur cette terre. Un rappel admirable, pour une oeuvre qui ne l’est pas moins.

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