L’enseignant, l’étudiant et la fraude

L’une des expériences les plus désagréables du travail d’enseignant, c’est la découverte de la triche à laquelle s’adonnent parfois les élèves. Quand le correcteur se retrouve devant deux copies identiques (parfois fautes d’orthographes comprises), il est saisi d’un mélange d’étonnement amusé (devant la naïveté des étudiants qui croient pouvoir le berner aussi facilement), de colère sourde et de dépit.

Bien sûr, la fraude peut cristalliser des problèmes de fond liés à un enseignement ou à un travail demandé : l’investissement nécessaire peut être trop lourd, le sujet trop difficile, etc.

Mais la triche ne résout rien, loin de là. Quand bien même le sujet serait trop difficile, l’honnêteté intellectuelle devrait prévaloir. Les enseignants ne sont pas des monstres avec lesquels il est impossible de discuter (images d’Epinal souvent véhiculée par les élèves). En ce qui me concerne, je martèle à mes étudiants qu’ils ne doivent pas hésiter à venir me poser des questions s’ils en ont.

A l’heure où la fraude s’industrialise (ce qui est une conséquence des progrès de l’informatique : vive les traitements de texte, les FTP anonymes, Internet !) , il ne faut pas se voiler la face : au niveau de l’étudiant, la triche est surtout motivée par la recherche d’une solution de facilité. Il y a toujours mieux à faire qu’un projet ou un devoir à la maison ! Pourquoi rester cloîtré chez soi alors qu’on peut aller dans les bars, en boîte de nuit ou encore faire la grasse matinée ?

Les solutions pour lutter contre la fraude sont diverses :

  • ne jamais rendre les copies de TP corrigées (permettre aux étudiants de les consulter sur place seulement) dans le cas de matières pour lesquelles il est difficile d’inventer de nouveaux sujets chaque année (manipulations en énergétique, en chimie, étude de matériaux, etc.) : ceci évite que des corrections types circulent d’une année sur l’autre ;
  • diminuer les coefficients des travaux susceptibles de générer beaucoup de fraude (diminution du contrôle continu) pour mettre l’accent sur les examens finaux ;
  • renouveler les sujets assez souvent dans les matières qui le permettent ;
  • redoubler de vigilance au moment de la correction ;
  • prendre des sanctions dissuasives (telles qu’un zéro coefficienté comme il se doit) ;
  • etc.

Il est toutefois bien triste de se retrouver obligé de faire la police à des étudiants du supérieur.

Une chose est sûre : le sujet commence à faire les choux gras des médias.

Le 3 mars 2005, Le Monde revenait sur le phénomène en titrant :
De plus en plus créative, la fraude aux examens est durement punie. Extrait :

Pour avoir intégralement copié le “projet personnel” d’une camarade de l’année précédente, M. B. s’est ainsi fait exclure, en 2003, de son université pour six mois. Pour avoir recopié dans son mémoire des passages entiers tirés de sites Internet sans utiliser de guillemets, un étudiant a écopé en mars 2004 d’une exclusion avec sursis d’une durée de deux ans. Une étudiante n’ayant écrit que trois pages de son mémoire de maîtrise a, quant à elle, été condamnée à un an d’exclusion de son université, en juin 2004. […]”

En juin 2005, 01net.com s’intéressait aux dispositifs informatiques permettant de détecter les copier/coller, à l’instar de Compilatio-net). Ce genre d’outils commence à être déployé dans des établissements tels que Paris Dauphine.

Dans son édition du 12 janvier 2006, Le Nouvel Observateur consacre deux pages à la fraude estudiantine via Internet : Etudiants : alerte à la triche ! de Véronique Radier.
Morceaux choisis :

  • 60% des étudiants français de Grandes Ecoles de Management avouent rendre régulièrement des travaux copiés, en partie ou totalement, sur Internet (selon l’étude d’un chercheur britannique, Peter Foster) ;
  • plus de 70% des travaux rendus, en France, par les étudiants d’Universités et de Grandes Ecoles contiennent au moins un passage copié à l’identique sur internet (selon l’étude de Frédéric Agnes, diplômé du DESS Entreprenariat et Technologies de l’Information de l’Université de Savoie).
  • la plupart des établissements d’enseignement nie le problème.

L’article se termine sur ce qui constitue, à mon sens, l’un des problèmes majeurs que soulève la fraude : l’injustice générée vis-à-vis des étudiants qui continuent, eux, à ne pas tricher.

Avant de conclure, il convient de préciser que ce problème n’est pas propre à la France. Aucun pays occidental ne semble épargné. Peut-être gagnerait-on à s’enquérir des solutions adoptées par nos voisins ? Ainsi de la Suède, où l’université KTH fait préalablement signer à ses étudiants un engagement sur l’honneur concernant la remise de leurs devoirs écrits. En voici un extrait :

Plagiarism means copying a text (by hand or electronically) originally written by someone else, and presenting it as one’s own work. In an academic context, plagiarism is considered particularly serious since it is classed as theft – of someone else’s ideas or wording.
Professional and experienced teachers have no difficulty in detecting plagiarised text in student writing.
At KTH, plagiarism is regarded as a form of cheating, which may lead to suspension for up to two months.
Consequently, the teachers are obliged to report cases of plagiarism to the Disciplinary Committee.
[…]”

Michèle Bergadaa, professeur en marketing à HEC Genève, a mis en ligne un intéressant site d’information et de lutte contre la fraude.

Au Canada, l’Université McGill met à disposition de tous un guide pour éviter le plagiat. Il s’agit d’un code de bonne conduite que les étudiants doivent suivre. Une démarche similaire a été adoptée par de nombreuses universités européennes (citons par exemple l’University College of London).

Bientôt des cours d’éthique à l’entrée de l’enseignement supérieur quel que soit le cursus choisi ?

PS : je remercie, entre autres, Bertrand, François et Guillaume qui m’ont donné, ces derniers mois, matière à réfléchir en me dirigeant vers quelques-unes des références citées dans ce billet.

Desperate Housewives

Je viens de terminer le visionnage de la saison 1 de Desperate Housewives. Cette série raconte le quotidien de familles vivant à Wisteria Lane, une banlieue typique des Etats-Unis. Ce qui pourrait constituer le plus plat des scénarios est en fait relevé par les extravagances, les secrets et autres cadavres dans le placard de chacun des résidents.

Le premier épisode s’ouvre sur le suicide d’une de ces femmes au foyer qui, pourtant, avait tout pour être heureuse. Cette disparition sert de fil directeur à la première saison : pourquoi Mary-Alice Young s’est-elle suicidée ? Ses amies vont essayer de comprendre, tout en faisant face à leurs propres problèmes : un quotidien trop morne que seule une aventure extra-conjugale semble rehausser, un mariage qui tangue, des enfants ingérables ou une vie sentimentale calamiteuse. La galerie de personnages est savoureuse.

La réalisation est efficace. Scènes d’ouverture et conclusions font l’objet d’un soin particulier, ce qui n’est pas sans rappeler l’un des incontournables des années 2000, à savoir l’excellent Six Feet Under. Les scénarios mettent en exergue les limites du mode de vie à “l’américaine” (et, plus généralement, à “l’occidentale”). Les schémas sur lesquels sont bâtis la société (un beau mariage, de beaux enfants, une belle maison) sont patiemment déconstruits. Ce qui, nécessairement, invite le téléspectateur à s’interroger sur sa propre existence.

Desperate Housewives fait partie de ces oeuvres qui non seulement divertissent mais aussi poussent à la réflexion. Elle mérite donc un intérêt particulier.

Spirou HeBDo

2006, l’année Spirou :

Spirou fait peau neuve : Nouvelle maquette (pensée pour le public-cible du magazine : les enfants de 8 à 14 ans), nouvelle pagination (68 pages [4]) et enfin un nom plus actuel.
[…]
Huit des vingt pages supplémentaires de la nouvelle formule seront consacrées aux héros qui ont contribué à façonner l’image de marque des éditions Dupuis.

J’aurais tendance à craindre les conséquences du réajustement éditorial lié à la cible visée. Je me réjouis, par contre, de voir le Gaston de Franquin, les Schtroumpfs de Peyo ou le Lucky Luke de Morris et Goscinny revenir dans les pages de l’hebdomadaire. Cette nouvelle formule permettra peut-être au magazine de vivre avec son temps tout en faisant découvrir au jeune public les grands classiques des quarante dernières années. Vivement le 25 janvier !

Spirou se refait une beauté

Dans son édition de janvier, Bo-Doï nous apprend que l’hebdomadaire Spirou va de nouveau connaître une refonte générale, moins de deux ans après la précédente : fin janvier, le magazine passe de 48 à 68 pages, avec une modernisation de la maquette, l’arrivée d’un peu de papier glacé, de reportages et interviews en BD, le retour de séries cultes telles que Gaston Lagaffe, Boule et Bill, …
Olivier Van Vaerenbergh, rédacteur en chef, explique qu’il souhaite ainsi “faire revenir le magazine en kiosques, d’où il avait pratiquement disparu, augmenter sensiblement sa diffusion et lui insuffler un peu d’esprit rock’n roll“.

Parallèlement, c’est le 4 janvier que débarque en librairie le premier des one-shots autour de Spirou : Les Géants Pétrifiés, par Yoann et Fabien Vehlmann.

Petit Vampire et le Rêve de Tokyo : quand Joann Sfar évoque la culture japonaise…

A mille lieux des clichés ressassés par Albert Uderzo dans le dernier Astérix, Joann Sfar a lui aussi décidé d’évoquer le Japon dans le nouvel opus de Petit Vampire : Petit Vampire et le rêve de Tokyo, disponible en librairie depuis le 7 décembre.

Une nuit, Petit Vampire s’étonne que Michel ne vienne pas jouer avec lui. Il y a une bonne raison à cela : le jeune garçon a la grippe et doit rester au lit. Alors il dévore des mangas. Et les fait découvrir à son ami.

Rentré chez lui, Petit Vampire se plonge dans les ouvrages que lui a prêtés Michel… et finit par s’endormir. Ses rêves le conduisent dans une ville de Tôkyô multi-facettes, où tradition, culture populaire et réalisme économique se mélangent allègrement.

Quelle surprise que de voir Petit Vampire s’aventurer au Pays du Soleil Levant ! Il y a fort à parier que l’idée de cet album est venue à Joann Sfar suite à son voyage dans le cadre du projet Japon (initié par Frédéric Boilet et quelques autres). Comme c’est l’habitude dans cette série, il ne s’agit pas seulement de divertir ; Joann Sfar cherche, par le développement de l’intrigue, a transmettre quelques messages à ses jeunes lecteurs. Cette fois, il est notamment question des affres de la mode et d’un système qui privilégie parfois le développement de la société au détriment de l’épanouissement individuel.

Il s’agit d’une belle réussite : voilà une bande-dessinée jeunesse intelligente qui sait à la fois reconnaître les qualités d’une culture “étrangère” (les premières pages de l’album s’ouvrent sur un hommage à Galaxy Express 999 et Nausicaä) et porter un regard critique dessus (au sens positif du terme).