Les Géants Pétrifiés : Spirou et Fantasio par Yoann et Vehlmann

C’est à Yoann et Vehlmann qu’est revenu l’honneur d’entamer la nouvelle collection de “one-shots” (ou peut-être devrais-je dire plutôt : histoires en un volume) consacrés à Spirou et Fantasio.

Alors que Morvan et Munuera restent aux commandes de la série historique (qui fera prochainement l’objet d’une renumérotation semblable à celle qui avait touché les Gaston et autres Boule et Bill) pour encore au moins un volume (le renouvellement éventuel de leur contrat interviendra une fois leur troisième titre livré), les éditions Dupuis ont décidé de produire des albums en un tome, chacun réalisé par des auteurs différents. Une manière de remettre Spirou sur le devant de la scène. Plus prosaïquement, une politique sans doute dictée par le récent rachat de Dupuis par Média Participation (Dargaud). Car si aucune nouveauté Spirou n’est parue entre fin 1998 et septembre 2004 (date de parution de Paris sous Seine), ce n’est pas moins de trois albums mettant en scène le fameux groom qui sont attendus cette année !

Les aventures “parallèles” de Spirou seront prochainement animées par Tarrin et Yann (juillet 2006) et par Le Gall (janvier 2007). Qui dit nouvelle collection dit nouveau format (plus grand), nouvelle maquette (mettant l’accent sur le nom des auteurs), nouvelle pagination (58 planches pour cet opus). Les auteurs disposent d’une grande liberté puisque, à en croire Claude Gendrot, directeur éditorial de Dupuis, “la seule contrainte est de raconter une véritable histoire, et sans faire de parodie” (in BoDoï n°93). Les auteurs sont ainsi priés de rendre les personnages dans l’état dans lequel ils les ont trouvés.

Mais aujourd’hui, concentrons plutôt sur Les Géants Pétrifiés. En ouvrant l’album, première surprise : jamais la calvitie de Fantasio n’a été aussi voyante !
Plus sérieusement, le dessin de Yoann prend à contre-pied toutes nos habitudes. Pour un peu, cela reléguerait la tentative de modernisation initiée par Tome et Janry dans Machine Qui Rêve au rang de révolution de pacotille. Ce parti-pris est donc plutôt intéressant : les auteurs peuvent enfin nous proposer, sans entrave, leur vision du héros des éditions Dupuis.

Durant toute la première partie de l’histoire, le lecteur continue à être décontenancé, tant par les connexions avec la série mère (“Oh, le Comte de Champignac ! Oh, Zorglub !“) que par l’apparition de nouvelles têtes. Les séquences s’enchaînent, mais la mayonnaise a du mal à prendre. Comme si le liant venait à manquer. Et puis, aux alentours de la 20e planche, c’est le déclic : après les différentes scènes d’exposition, le rythme s’accélère, tout s’enchaîne, le charme opère. On bénit Vehlmann pour sa mise en scène des rapports entre Spirou et Fantasio. L’humour n’est pas oublié : personnellement, j’ai un petit faible pour le face-à-face entre Tian et son directeur de thèse, mais les intermèdes comiques ne manquent pas (remarquable 32e planche dont le fonctionnement est assez similaire à la très bonne publicité de Canal + autour de La Marche de l’Empereur).

C’est donc à une belle aventure que Yoann et Vehlmann nous convient ! Et je ne doute pas des étincelles que leurs collègues seront capables de faire dans les prochaines reprises de Spirou. Seulement, pour être appréciés à leur juste valeur, ces albums mériteraient presque d’être entourés d’un bandeau : “Toi qui ouvre cet album, mets de côté toutes tes certitudes et habitudes !” Mais une fois cet effort préalable consenti, quel plaisir !

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