Syriana, de Stephen Gaghan

Poursuivons sur le thème de la corruption en évoquant Syriana, coproduit par Steven Soderbergh et George Clooney.

Difficile de résumer une histoire qui se déroule en tant de lieux différents : Golfe Persique, Genève, Espagne, Texas, Washington… C’est que les sphères d’influence du marché pétrolifère sont nombreuses ! Le film s’ouvre alors que Bob Barnes (George Clooney), agent émérite de la CIA, se fait entourlouper lors d’un deal avec des intermédiaires arabes… et voilà comment un missile américain se trouve perdu en pleine nature. A l’autre bout de la planète, au même moment, le géant texan Connex Oil achète la petite compagnie Killen. Une fusion apparemment dictée par des considérations pas très catholiques. Le Ministère de la Justice américain est notamment soucieux d’en savoir plus. La situation de Connex Oil n’est en effet pas des plus faciles : l’entreprise vient de perdre un marché extrêmement juteux dans un émirat du Moyen-Orient : l’héritier du trône, le Prince Nasir, a en effet préféré accorder les droits de forage à une compagnie chinoise… Intérêts économiques et intérêts d’état vont s’entrecroiser. Quel poids accorder encore au politique quand le chiffre d’affaire annuel d’une entreprise comme Connex Oil dépasse le PIB du Danemark ?

Attention, esprits fatigués s’abstenir. Alors que je reprochais à Good night and good luck de ne pas explorer toutes les voies d’analyse politique qu’il recelait, je serais tenté de faire la remarque inverse à Syriana : le scénario est très compliqué (sans être toutefois incompréhensible), peut-être trop pour 2h08 ? Ne vous attendez pas à un film d’espionnage à la James Bond, l’intrigue est ici fortement ancrée dans le réel. A tel point qu’il vaut mieux avoir quelques connaissances géopolitiques pour mieux en saisir la portée. Stephen Gaghan n’a pas pris le parti de la vulgarisation, il a préféré démonter quelques-uns des mécanismes qui conduisent l’Amérique dans le mur à moyen terme quant à sa gestion des relations avec le Moyen Orient ; cela passe parfois par quelques raccourcis plus ou moins heureux (le parcours d’un jeune musulman, de son licenciement sans vergogne à la proposition de rejoindre un groupe de kamikazes en passant par l’école coranique ). Le film alterne ainsi le bon et le moins bon, mais toujours en martelant un message fort. Et en laissant beaucoup d’interrogations quant à la direction que notre bon vieux monde a pris. Le film est à voir pour tous ceux qui se posaient des questions, au visionnage de Fahrenheit 9/11, quand Michael Moore évoquait les relations entre les compagnies texanes et les états saoudiens. Les autres, ceux qui privilégient l’aspect divertissement du cinéma à sa portée politique, risquent de ne pas y trouver leur compte.

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