Largo Winch, de Jérôme Salle, d’après la BD de Jean Van Hamme et Francq

Nous avons droit, en cette fin d’année, à un véritable foisonnement cinématographique autour des œuvres phares de Jean Van Hamme. Entre le film de XIII, diffusé sur Canal + durant le mois de décembre, et la sortie du long métrage adapté de Largo Winch, les amateurs de thriller financier et politique devraient en avoir pour leur argent. Je me focaliserai ici sur l’oeuvre de Jérôme Salle, basée sur les quatre premiers tomes de la BD de Francq et Van Hamme.

Le samedi 29 novembre dernier, le cinéma Pathé Atlantis proposait une journée dédiée à Largo Winch : projection du long métrage en avant-première en présence de l’équipe du film, dédicace de Francq, Jérôme Salle et Tomer Sisley, … Le personnage de milliardaire aventurier créé par Jean Van Hamme il y a 30 ans est plus que jamais sous le feu des projecteurs !

Le film s’ouvre sur l’assassinat de Nerio Winch, magnat de l’industrie, image même du self made man à l’ancienne. C’est justement le moment que choisit un ancien marchand d’armes reconverti dans les affaires pour lancer une OPA sur le groupe W, dont Nerio occupait la tête. Ne pouvant supporter d’être plus longtemps déstabilisé, le conseil d’administration du groupe W est conscient de la nécessité impérieuse de désigner un nouveau dirigeant. C’est sans compter sur le secret que Nerio Winch gardait précieusement : il s’était trouvé un fils, un garçon qu’il avait adopté voilà plus de 20 ans. Cette révélation ne fera pas que des heureux parmi les ambitieux du groupe. Pour réussir à s’imposer, Largo devra non seulement prouver qu’il était adoubé par Nerio, mais aussi qu’il possède toutes les aptitudes pour occuper le poste. Une tâche d’autant plus difficile à accomplir qu’ il est menacé par un complot visant à l’écarter.

Adapter, c’est trahir” avait déclaré Claude de St Vincent, directeur général adjoint du groupe Média-Participations, pour justifier les libertés prises par le dessin animé de Valérian. Le même constat s’applique pour bien des films inspirés de BD européennes ou américaines. En guise de parenthèse, nous relèverons juste que les Japonais font généralement le choix inverse et restent au plus proche du format papier, et ce avec plus – Death Note – ou moins – Nana – de succès (en attendant de découvrir, le 14 janvier prochain, l’adaptation cinématographique de 20th Century Boys).

Mais revenons au sujet qui nous occupe ici, à savoir les aventures de ce minot de 26 ans qu’est Largo Winch, plus habile pour tomber les femmes que pour porter le costume-cravate du bon business-man. Les scénaristes se sont accordées une bonne marge de manoeuvre par rapport au matériel originel qu’ils avaient à leur disposition (Simon Ovronnaz manque à l’appel, le QG du groupe W est implanté en plein dans Hong-Kong, le machiavélisme de Nerio est un peu gommé), mais sans trahir l’esprit insufflé par Van Hamme. On est ainsi loin de la déception qu’avaient constitué les 38 épisodes de la série TV. L’adaptation est intelligente, elle conserve l’essence de l’œuvre originelle (la paternité, la trahison, les intrigues financières) tout en tirant parti des spécificités du cinéma (flash-back, plans sur l’île de Sarjevane, etc.). Les gardiens du temple crieront peut-être au scandale. Ils oublient malheureusement un peu vite que la BD est elle-même une adaptation. La proposition cinématographique de Jérôme Salle est tout à fait louable : elle réussit à la fois à interpeller le spectateur qui a déjà lu la version papier et à happer le néophyte. Le film n’est bien sûr pas exempt de défauts, à l’instar de scènes d’action convenues et de quelques longueurs. C’est d’ailleurs quand elle s’éloigne de l’action pour décrire les rapports entre les personnages que la réalisation sonne le plus juste. Les faiblesses du long métrage sont ainsi compensées par de vrais morceaux de bravoure, notamment dans le portrait des relations qu’entretient Largo avec sa famille adoptive. Saluons l’audace du casting, qui donne à un humoriste méconnu du grand public, Tomer Sisley, le rôle titre. Un choix payant car on ne doute pas une seule seconde de sa crédibilité dans la peau du jeune milliardaire. Kristin Scott Thomas fait également forte impression dans le rôle d’une femme de poigne du groupe W. Vous l’aurez compris, Largo Winch constitue une des bonnes surprises de cette fin d’année, un agréable divertissement qu’on soit – ou non – lecteur de la BD.

La projection du film était suivie d’une rencontre avec la presse dont vous trouverez la retranscription également dans ces pages.

Largo Winch, de Jérôme Salle
Sur un scénario de Jérôme Salle et Julien Rappeneau
D’après la BD de Jean Van Hamme et Philippe Francq
Avec Tomer Sisley, Kristin Scott Thomas, Gilbert Melki, Mélanie Thierry, …
A partir de 13 ans
Sortie française : 17 décembre 2008

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