Un générateur automatique d’articles en informatique

Voilà un programme susceptible de faire rêver des milliers de chercheurs : SCIgen – An Automatic CS Paper Generator est un logiciel qui génère automatiquement des papiers de recherche en informatique, avec graphes, figures et citations. Il a été conçu par trois étudiants du MIT, Jeremy Stribling, Max Krohn et Dan Aguayo.

Parmi les usages possibles de leur outil, les auteurs évoquent la génération automatiques de papiers à soumettre dans des conférences sans aucune assise scientifique. Autrement dit, les manifestations dont l’existence est justifiée par le seul désir de “faire du fric“.
Les concepteurs de SCIgen semblent bien partis dans cette voie puisqu’un de leur article généré automatiquement a été accepté à WMSCI 2005. Ils cherchent actuellement des fonds pour financer leur déplacement à cette conférence.

[via Jean-Luc]

Deux artistes à voir sur scène : Alexis HK et Amélie-les-crayons

Il est des artistes qui attachent une grande importance à la construction d’un univers qui leur est propre. M et Thomas Fersen en sont deux bons exemples : si leurs compositions sont parfois déroutantes, on ne peut nier leur originalité.

Ces dernières années, de nouveaux groupes français adoptant le même genre de démarche artistique s’imposent peu à peu. Alexis HK et Amélie-les-crayons, qui étaient récemment en concert à Nantes (respectivement le 15 mars et le 12 avril), comptent parmi eux.

Alexis HK a eu la chance de se faire remarquer dès la sortie de son premier album, Belleville. Il faut dire que le premier single qui en était tiré, le virevoltant C’que t’es belle, avait de sacré arguments. Sans même parler du travail accompli sur le clip associé, qui faisait partie de la sélection officielle du Festival International du Film d’Animation d’Annecy en 2003. Fin 2004, Alexis HK est revenu avec un nouveau CD, particulièrement réjouissant, L’Homme du Moment.

Sur scène, les compositions gagnent encore en saveur. La performance est remarquable : Alexis HK et ses musiciens ne se contentent pas d’interpréter les chansons des différents albums en live, ils les mettent en scène : le début du concert est inoubliable et les transitions entre les titres sont particulièrement travaillées, … Les interprétations sont ainsi à la hauteur du monde fantasmagorique que décrit l’artiste dans ses deux albums.

La soirée s’est très logiquement terminée par une standing-ovation.

Un mois plus tard, c’est Amélie-les-crayons qui montait sur la même scène … pour un résultat final similaire : l’enthousiasme du public.

Encore plus que dans le cas d’Alexis HK, ce n’est que lorsqu’elles sont jouées devant un auditoire que les chansons d’Amélie-les-crayons prennent toute leur ampleur ; les mimiques d’Amélie et de ses musiciens, leur mystérieux piano à queue, l’éclairage font basculer le spectateur dans un univers onirique. Si les morceaux semblaient être à l’étroit sur les pistes du CD, ils déploient ici tout leur charme. Et il est bien difficile de résister à la belle Amélie.

Matin brun, de Franck Pavloff

Il est un petit livre que je souhaite évoquer depuis quelques mois. Mais je n’avais encore jamais pris le temps de le faire. Un ouvrage fort qui m’a été recommandé par un collègue pour lequel j’ai beaucoup d’estime. Une nouvelle susceptible d’intéresser aussi bien les serial readers que ceux qui se contentent, chaque année, de se plonger dans le Goncourt : Matin brun, de Franck Pavloff, publié par Cheyne (par ailleurs disponible en téléchargement sur Internet, dans une version pdf ou HTML, auteur et éditeur semblant avoir renoncé à leurs droits).

Charlie et le narrateur vivent à une époque troublée. Un régime politique extrême, l’Etat brun, a décidé de remettre un peu d’ordre. Matin brun décrit, de manière concise et percutante, l’aliénation progressive des libertés. Et parce qu’un petit mot vaut mieux qu’un long discours, je me contenterai, en guise de résumé, de vous citer un extrait de la quatrième de couverture :

Dans la vie, [Charlie et son copain] vont d’une façon bien ordinaire : entre bière et belote. Ni des héros, ni des purs salauds. Simplement, pour éviter les ennuis, ils détournent les yeux.

Sait-on assez où risquent de nous mener collectivement les petites lâchetés de chacun d’entre nous ?

Une lecture qui pousse à la réflexion. Et qui nous invite à nous pencher sur ces aveuglements a priori mineurs dont nous nous rendons chaque jour responsables. Une attitude qui peut nous conduire tout droit à la barbarie. D’où la nécessité d’ouvrir les yeux, de ne pas accepter certaines de ces petites renonciations auxquelles la société nous pousse plus ou moins explicitement. Car, après, il sera trop tard.

Les blogs et les wikis à l’assaut des kiosques et des librairies

Les weblogs continuent leur percée. Ce mois-ci, svm Mac fait sa couverture sur le thème “L’information, c’est vous ! Créez votre blogue“. En même temps, svm consacre un hors-série entier au sujet : “Le guide du weblog” présente les blogs, donne des conseils techniques pour en créer un, offre une liste de “blogs indispensables”, etc.

Du côté des librairies, signalons l’arrivée en rayon de les Blogs, ouvrage de Benoît Desavoye, Christophe Ducamp, Xavier de Mazenod et Xavier Moisant. Si on omet le fait que j’ai failli m’étrangler en lisant, sur le quatrième de couverture, que la personne qui en assure la préface est un “pionnier du blogging“, j’ai l’impression que le livre porte un regard relativement synthétique sur le sujet. Peut-être que cela me donnera encore de nouvelles idées d’utilisation de ce “nouveau media pour tous“.

Un autre bouquin portant sur les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication a rejoint ma pile de lecture : les Wikis, de Jérôme Delacroix, le premier ouvrage de référence sur cette thématique publié en France. Là encore, je compte sur cet ouvrage pour mûrir ma réflexion sur le sujet et envisager, ensuite, de nouvelles applications dans mon environnement quotidien (tant personnel que professionnel).

J’en reparlerai peut-être prochaînement quand j’aurai avancé dans ces lectures.

L’enseignement supérieur en France

J’entame avec ce billet une nouvelle rubrique : la “caverne à liens” aura pour objectif de rassembler des billets comportant, à chaque fois, beaucoup de liens et de ressources sur un thème donné. Aujourd’hui, c’est de l’enseignement supérieur français dont il sera question.

Récemment, je discutais avec des amis des problèmes liés à l’enseignement supérieur : sélection sociale qui ne dit pas non nom pour l’accès à certaines filières, importantes différences de moyens entre les formations, etc.
Nous ne disposions toutefois pas de ressources chiffrées sur ces thèmes. Grâce à Internet, il m’a suffit de quelques recherches pour en trouver.

D’abord quelques chiffres concernant la proportion d’enfants d’ouvriers intégrant les fameuses Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles (CPGE)

Le milieu social d’origine des élèves conditionne largement leur orientation au sein du système éducatif. On trouve neuf fois plus d’élèves issus d’une famille de cadres dans les classes préparatoires ou les facultés de médecine que d’élèves issus d’une famille d’ouvriers.

Les enfants d’ouvriers sont ainsi nettement moins nombreux dans les filières générales et les filières sélectives : ils ont sept fois moins de chances que les enfants de cadres d’obtenir un baccalauréat scientifique ; 5 % des élèves des classes préparatoires aux grandes écoles sont issus de familles d’ouvriers, contre 51 % d’enfants de cadres.

Source : Projet de loi de programmation pour la cohésion sociale daté du 20 octobre 2004

Ensuite, la question du montant qu’investit, chaque année, la collectivité nationale dans les différentes filières d’enseignement supérieur :

La dépense moyenne varie selon le type de formation :

  • 6 850 euros par étudiant universitaire (IUT et écoles d’ingénieurs non compris) ;
  • 9 100 euros par étudiant des IUT ;
  • 10 870 euros par élève de sections de techniciens supérieurs ;
  • 13 220 euros par élève de classes préparatoires aux grandes écoles,
  • 11 910 euros par élève des écoles d’ingénieurs universitaires.

Source : Les chiffres de la rentrée 2003 dans l’enseignement supérieur

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Sait-on qu’en France la dépense moyenne par étudiant d’université atteint seulement 6 820 euros alors que le Royaume-Uni y consacre 8 100. 30 % du budget de l’enseignement supérieur sont affectés aux grandes écoles, qui ne représentent que 3 % des étudiants !

Source : La société de la connaissance, une tribune de Jean-Marc Ayrault parue dans Libération le 14 février 2005

Nous pouvons aussi nous intéresser au budget que consacrent les grandes écoles à leurs étudiants. Il est toutefois bon de rappeler deux éléments importants :

  • Pour un certain nombre de ces écoles (notamment la majorité des écoles d’ingénieurs), les frais de scolarité sont sensiblement identiques à ceux pratiqués à l’université. Ce n’est donc pas directement sur ce levier que les écoles agissent afin de gonfler leur budget.
  • Par contre, les écoles se distinguent souvent des universités par le nombre de partenariats qu’elles entretiennent avec le monde industriel. Grâce à cette manne financière, elles peuvent offrir à leurs étudiants des conditions de travail d’une grande qualité.

L’enquête note ainsi que le budget moyen des écoles par étudiant est de 14 731 euros.

Source : L’Usine Nouvelle via Le Journal du Net

Dans cette dernière référence, on constate que c’est l’Ecole Polytechnique qui consacre le plus d’argent à ses étudiants. Un résultat qui n’est pas étonnant quand on sait que les élèves de Polytechniques sont rémunérés. Les différentes écoles des Mines disposent elles aussi un budget par étudiant impressionnant ; il faut rappeler que ces écoles ont la particularité de dépendre du Ministère de l’Industrie, et non, comme la majorité des autres écoles d’ingénieurs, du Ministère de l’Education Nationale et de la Recherche.

Quelques autres ressources susceptibles de nourrir la réflexion :

Pour finir, je citerai un article publié dans le quotidien québécois Le Devoir. Ce papier a l’originalité de présenter le point de vue d’un professeur québécois, Charles Le Blanc, et d’offrir donc une vision distanciée sur l’enseignement supérieur “à la française” :

Le système français est extrêmement élitiste et les meilleurs candidats ne se retrouvent pas à la « fac », mais dans les grandes écoles d’ingénieurs et de commerce, les Ecoles normales supérieures (ENS) et l’ENA. L’Université française ne saurait donc se comparer à l’Université québécoise qui ne pratique pas une telle ségrégation de l’excellence. En outre, l’admission à ces grandes écoles n’est raisonnablement possible que si l’on a fréquenté les bons lycées, Louis le Grand et Montaigne en tête, ce qui entretien une autre ségrégation, puisque les meilleurs lycées sont dans les quartiers les plus riches et que l’inscription à une institution ne peut se faire que si l’on réside dans le quartier – cela donne lieu du reste à toute une spéculation immobilière dans les cinquième et sixième arrondissements de Paris. Selon le sociologue Louis Chauvel, les grandes écoles accueillent 70% d’enfants de cadres et de professions libérales. On n’y trouve que 6% d’enfants d’ouvriers et 10% d’enfants d’employés. Ainsi, il semble que ce système gratuit que l’on vante tant, profite au premier chef à ceux qui auraient les moyens d’un système payant.

[…] De plus, le ratio étudiants/professeurs est près de la moitié dans les grandes écoles qu’à l’université. Résultat  ? 90% des élèves des grandes Écoles sortent diplômés, tandis que le taux de réussite dans les universités est de l’ordre de 30%.

Les grandes écoles préparent l’élite pour son rôle de direction, l’université, elle, à un avenir plus qu’incertain. Ce n’est donc pas un hasard si près de 40% des étudiants de premier cycle quittent les facultés sans aucun diplôme, ce qui est trois fois plus que dans tous les autres pays démocratiques.