Coup de coeur pour le shôjo manga Banale à tout prix, une romance sur l’émergence du sentiment amoureux

Voir ma chronique en version vidéo.

Vous cherchez un manga qui fait du bien ? Une romance touchante qui décrit de manière minutieuse – mais positive – l’émergence du sentiment amoureux et la naissance d’un couple ? « Banale à tout prix » est un véritable tour de force, une explosion de sensibilité, un titre attachant et passionnant. Dessin et scénario sont à l’unisson. Nagamu Nanaji, que l’on connaît déjà pour « Parfait Tic » et « Moving Forward », est au sommet de son art. « Banale à tout prix » est une pépite que je vous invite à découvrir dans cette chronique.

Résumé

Au début de l’histoire, l’héroïne, Koiko, s’est forgée sa personnalité par opposition aux deux figures tutélaires que sont sa grande soeur, une célibataire endurcie, et sa mère, une fleur bleue dans l’âme. Autrement dit, Koiko ne conçoit l’amour que dans une forme de banalité. Une philosophie résumée par la séquence d’ouverture du manga : « d’après moi, le mot banal peut très bien avoir le sens de bonheur », pense alors Koiko. Au cours du premier chapitre, Koiko fait la rencontre d’un garçon, Tsurugi Ninomiya, qui appartient à l’élite du lycée. D’apparence distante, il s’avère plus soucieux des autres que son apparente nonchalance pourrait le suggérer. C’est lui qui va permettre à Koiko de découvrir que son petit ami la trompe… Échaudée par une relation banale qui se termine de manière un peu sordide, Koiko va dès lors entamer une nouvelle ère de sa vie dans laquelle Tsurugi va progressivement se faire une place.

Mon avis

L’histoire d’amour entre les deux personnages de « Banale à tout prix » prend le temps de se construire. On pourrait presque dire que chaque chapitre du manga décrit une émotion, un sentiment naissant. Koiko et Tsurugi sont touchants en ce qu’ils s’ouvrent peu à peu à ce lien qui se noue entre eux. Sans s’en rendre compte, les voilà, chacun dans leur coin, à se demander comment déclarer leur flamme à l’autre. La narration est brillante. Quand la plupart des shôjo manga se contente de décrire les pensées de l’héroîne, « Banale à tout prix » s’attarde sur le protagoniste masculin. Si c’est évidemment Koiko que le lecteur suit en focalisation interne, la sincérité et la pureté de Tsurugi font qu’on accède assez facilement à ses réflexions et à ses doutes. Le dessin y est d’ailleurs pour beaucoup. Chaque illustration, chaque case est susceptible de transmettre des émotions complexes, comme lorsque Koiko commence à ressentir l’envie d’être la seule spéciale aux yeux de Tsurugi, tout en n’étant pas capables d’exprimer à l’oral ses sentiments.

À propos de l’autrice

Nul doute que la réussite de « Banale à tout prix » doit beaucoup à l’expérience de son autrice, Nagamu Nanaji. Celle-ci n’en est pas à son coup d’essai puisqu’elle a déjà signé au moins deux séries remarquées en France, à savoir « Parfait Tic » et « Moving Forward ». J’avais d’ailleurs présenté « Moving Forward » dans une précédente vidéo, et Rosalys et moi étions partis sur les traces de ce manga à Kobe en mars dernier. Nagamu Nanaji sait décrire des situations complexes avec finesse, et toute sa maestri scénaristique et esthétique ressort dans « Banale à tout prix ». C’est en quelque sorte l’oeuvre de la maturité pour celle-ci. « Banale à tout prix » – ou « ふつうの恋子ちゃん / Futsû no Koiko-chan » dans son titre japonais – est prépublié dans le mensuel Margaret, l’une des revues les plus renommées dans le domaine du shôjo manga. Démarrée en 2015, la série – toujours en cours – compte 9 tomes au Japon et 4 en France, parus chez Kana.

En bref

« Banale à tout prix » est très clairement, pour moi, l’un des trois meilleurs shôjo manga en cours de parution. Intense et mignon, je vous invite vivement à le découvrir.

Moriarty, un manga sur les origines de l’ennemi juré de Sherlock Holmes

Voir ma chronique en version vidéo

Moriarty, voilà un nom qui éveillera immédiatement des souvenirs à tous ceux qui ont un jour lu les romans de Arthur Conan Doyle sur Sherlock Holmes, ou qui se sont intéressés à l’un de ces dérivés, en animation, série télévisée ou en film. Si le nom de l’ennemi juré du détective britannique n’apparaît que dans six chapitres de l’oeuvre originelle, sa figure était si marquante qu’elle s’est inscrite dans la légende de Sherlock Holmes. Personnage comploteur mais n’arrivant guère à ses fins dans la série télévisée d’animation italo-japonaise des années 80 ou nemesis absolue de Sherlock avec un grain de folie dans la récente série britannique menée par Steven Moffat et Mark Gatiss, les interprétations de cette incarnation du crime sont nombreuses. Mais rares sont celles qui vont jusqu’à analyser les motivations profondes du Professeur James Moriarty. C’est ce que nous propose le manga Moriarty dont la parution en France a débuté en juin 2018 en France. Dans cette vidéo, je vais vous dire pourquoi il s’agit là d’un très bon titre pour tous les amateurs de l’oeuvre de Conan Doyle… mais pas uniquement eux !

Le manga Moriarty s’ouvre d’abord sur *la* scène emblématique de son affrontement avec Holmes, au-dessus des chutes de Reichenbach. Mais ce n’est qu’une mise en bouche de ce que devrait nous proposer le scénario dans quelques volumes. Car, pour l’heure, il importe de faire connaissance avec le personnage de Moriarty, ce qui impose un retour dans le temps, à l’époque de l’enfance, au sein de la famille du Comte Moriarty, une lignée de nobles qui compte déjà deux fils de sang. Par ceux-ci, l’aîné, Albert, éprouve un profond dégoût pour la décadence de la noblesse, son mépris du peuple et la structuration pyramidale de la société britannique du 19e siècle. Ses valeurs résonnent profondément avec celles de deux orphelins que le Comte Moriarty a récemment adoptés. L’aîne de ces orphelins. Simple adolescent, il maîtrise des notions complexes de sciences et peut aider quiconque lui en fait la demande. Seulement, dans la famille du Comte Moriarty, il est détesté par l’épouse du comte ainsi que par le cadet, William. Mais pour renverser une société archaïque, construite sur une exploitation du peuple par quelques riches familles, un pacte va se nouer entre l’aîné Albert et les deux orphelins. Trois Moriarty s’apprêtent alors à réécrire l’histoire.

Le premier mérite de cette nouvelle série est de revenir sur la genèse de Moriaty. Et de proposer une histoire qui ne se focalise pas sur un unique personnage, mais plutôt un trio dont les liens interpellent. Évidemment, le personnage principal du manga reste le professeur William James Moriarty, éminemment charismatique, à la hauteur de la légende qui entoure ce nom. Mais les autres protagonistes de la série promettent eux aussi d’intéressants développements. Le titre est bien documenté. Même si l’ensemble est évidemment romancé, il permet de se faire une bonne idée des injustices qui régnaient dans l’empire britannique du XIXe siècle. C’est donc un bon duo que font Ryosuke Takeuchi au scénario et Hikaru Miyoshi au dessin. Le premier avait travaillé sur l’adaptation manga de All you need is kill, un roman japonais aussi connu pour sa version cinématographique, Edge of Tomorrow avec Tom Cruise. Ryosuke Takeuchi semble à l’aise pour travailler avec des dessinateurs de talents, puisque c’était Takeshi Obata, connu pour Death Note et Bakuman, qui avait illustré cette adaptation. Pour Moriarty, son binôme dessinateur est peut-être plus jeune, mais pas moins talentueux : Hikaru Miyoshi fait partie d’une nouvelle génération d’artistes, il a été récemment repéré pour sa participation au manga Psycho-Pass, disponible chez Kana.

Le manga Moriarty est en cours au Japon. Il est pré-publié dans le mensuel Jump SQ qui s’adresse à un lectorat un poil plus âgé que le Weekly Shônen Jump. Lancée en août 2016, la série compte à ce jour 6 volumes au Pays du Soleil Levant. 3 tomes par an y sont publiés, en mars, juillet, novembre. En France, l’éditeur Kana semble parti pour publier la série sur un rythme trimestriel pour le moment. Le tome 2 est en effet attendu en septembre, et le suivant en décembre. Le premier tome a été mis en vente dans deux versions : une simple, et une version collector accompagné d’un set d’écriture aux couleurs de Moriarty. Cet effort de mise en avant, dès le tome 1, est une illustration du potentiel que l’éditeur français voit dans cette série. C’est en tout cas un titre qui a suscité ma curiosité. Adolescent, je lisais surtout des bandes dessinées, peu de romans. Les titres de Arthur Conan Doyle faisaient partie des rares qui arrivaient à me passionner. C’est vous dire si j’attendais cette histoire autour du Professeur Moriarty au tournant. Je n’ai pas été déçu et j’ai hâte de lire les prochains tomes pour voir comment les bonnes bases posées dans ce tome 1 se concrétisent.

Pour finir, sachez que le chapitre 1 de Moriarty est disponible gratuitement en ligne sur le site de Kana. Les 74 pages qui ouvrent cette histoire peuvent ainsi vous permettre de vous faire votre propre idée sur ce manga.

Mes autres chroniques mangas sont à découvrir en vidéo sur la chaîne YouTube de Rosalys.