Les Brigades Immunitaires (はたらく細胞, Cells at Work!), une plongée dans le corps humain

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Et si le successeur spirituel de la série animée « Il était une fois la vie » était un manga, récemment adapté en série animée ?

Aujourd’hui, je vous invite à pénétrer au plus profond du corps humain, au sein de l’écosystème éclectique, mais néanmoins structuré, qui constitue chacun de nous. C’est cet univers étonnant, mais non moins vital, que le manga Les Brigades Immunitaires, en cours de parution en France chez Pika Edition, propose d’explorer. Même si l’oeuvre n’a démarré qu’en 2015 au Japon, elle a d’ores et déjà bénéficié d’une adaptation animée en 13 épisodes, diffusés cet été en simulcast sur la plate-forme Wakanim. Un titre qui réussit le tour de force d’être fun tout en étant éducatif. Je vous propose de revenir rapidement sur l’intrigue de ce titre, avant d’évoquer ces multiples dérivés, qui témoignent bien de la vitalité de l’oeuvre.

Comment faire du quotidien d’un corps humain une histoire épique ? 

L’intrigue focalise principalement sur deux personnages, que l’on retrouve de chapitre en chapitre. D’abord une hématie, c’est-à-dire un globule rouge dont le rôle est notamment de transporter l’oxygène des poumons jusqu’aux tissus de l’organisme. Ensuite un leucocyte, un globule blanc qui a la responsabilité d’éliminer les corps étrangers tels que les virus, les bactéries ou les parasites. Chaque chapitre s’attache soit à décrire un mécanisme biologique tel que la circulation du sang ou l’immunité, soit à s’expliquer les phénomènes microscopiques enclenchés quand le corps est touché un phénomène tel qu’une intoxication alimentaire, une hyperthermie, l’apparition d’un bouton. Toute une galerie de personnages est ainsi progressivement introduite, des différents types de cellules immunitaires aux bactéries dangereuses pour le corps humain et qui pourraient faire passer Freezer de Dragon Ball Z pour un enfant de coeur. Nul besoin de dire que la liste des sujets est potentiellement infinie !

Une oeuvre qui s’est vite démarquée 

Comme je l’évoquais en introduction, Les Brigades Immunitaires est une oeuvre très récente. Démarrée en 2015 dans le magazine de pré-publication de Kōdansha, le Monthly Shōnen Sirius, elle est la première série à succès de son jeune auteur, Akane SHIMIZU, né en 1994. La série est toujours en cours. La publication française a rattrapé la publication japonaise en tomes reliés, à savoir 5 tomes actuellement. Le manga originel s’est rapidement démarqué et compte d’ores et déjà de nombreux dérivés. Tout d’abord, une très belle adaptation animée en 13 épisodes. Les choix de mise en scène sont très réussis, et les deux médias que sont le manga d’une part, la version animée d’autre part, se complètent bien. Que vous ayez découvert le titre par l’un ou l’autre de ces médias, je vous recommande vraiment chaudement d’aller explorer l’autre version. Concrètement, le manga propose plusieurs chapitres qui, pour tenir dans le format de 13 épisodes, n’ont pas pu être adaptés. Qui plus est, il inclut de nombreuses pages explicatives additionnelles, par exemple un arbre illustrant l’hématopoïèse, le processus de production des cellules sanguines.

À l’inverse, l’anime bénéficie de choix judicieux, par exemple sur l’épisode qui traite du cancer, avec un accent mis sur l’enquête qui vise à trouver l’origine du dysfonctionnement constaté par les cellules immunitaires. Bref, je vous recommande tant l’anime que le manga, qui vulgarise efficacement les mécanismes cellulaires en jeu au sein du corps humain. Mais avant de conclure cette chronique, arrêtons-nous une minute sur les autres séries dérivées autour des Brigades Immunitaires. Des séries malheureusement indisponibles en France, mais qui ont commencé à paraître au Japon en 2017 et qui visent chacune un public différent. Peut-être les verrons-nous arriver en France prochainement ? Faisons donc le point !

D’abord, en 2017, au sein du mensuel Nakayoshi (le même magazine qui pré-publie par exemple Card Captor Sakura), est apparue la série Hataraku saikin (はたらく細菌), autrement dit « Les Bactéries au Travail », qui focalise sur l’opposition entre bonnes et mauvaises bactéries au sein de l’intestin. Le titre compte déjà 3 volumes disponibles au Japon.

Ensuite Hatarakanai saibō (はたらかない細胞), c’est-à-dire les cellules qui ne travaillent pas, et qui focalisent sur le quotidien de normoblastes, des globules rouges immatures, qui ne veulent pas travailler. La série, prépubliée dans le même magazine que la série originale, compte 1 volume paru en juillet 2018.

Mais la série la plus surprenante, à destination d’un public plus adulte, est Hataraku saibō BLACK (はたらく細胞BLACK). Le parti-pris est radicalement différent puisqu’il s’agit de présenter ici ce qui se passe dans un organisme où les choses se passent mal : effets de la consommation d’alcool, burn-out, développement de champignons de type « pied d’athlète », … Cette série dérivée est publiée dans un média différent, à savoir la version numérique du magazine Morning, intitulée D Morning. Deux tomes reliés sont disponibles à ce jour au Japon.

Enfin, il faut savoir qu’il va même y avoir une pièce de théâtre sur l’univers des Brigades Immunitaires ! Les représentations sont prévues à Tokyo en novembre 2018. Les premières images des acteurs en costume sont saisissantes de respect eu égard au chara-design originel !

En tout cas, ce foisonnement de ces séries dérivées illustre bien combien le corps humain, et les mécanismes biologiques derrière, peut être source de multiples histoires et explications. Les Brigades Immunitaires réussit le tour de force d’être à la fois captivant par son histoire et instructif par son contexte biologique. Chaudement recommandé donc !

Contre le harcèlement scolaire : la très bonne réflexion du manga « March Comes In Like a Lion »

Le harcèlement scolaire (ijime dans son intitulé japonais) est un sujet difficile. Son traitement dans l’un des arcs du manga « March comes in like a lion » est tout bonnement remarquable. Toute personne malheureusement confrontée, de près ou de loin, à ce problème devrait lire les tomes 5 à 7 de ce manga, ou visionner les épisodes 3 à 14 de la saison 2 de l’anime qui en a été tiré. Nous sortons justement d’un visionnage marathon de cet arc dans son adaptation animée, après que j’ai lu la version manga il y a quelques mois.

Trois considérations :

  1. Le thème du harcèlement scolaire est traité sans dramatisation excessive, mais également sans complaisance ou idéalisme quant à ses solutions. Chaque cas est différent, mais l’auteure de la série met l’accent sur l’importance d’un entourage bienveillant et à l’écoute.
  2. L’anime réussit une excellente transposition de cet arc. La réalisation transmet beaucoup d’émotions, mais sans faire subir au spectateur un excès de pathos.
  3. S’il faut autant de chapitres (ou d’épisodes) pour qu’une solution se fasse jour, c’est d’une part que le problème ne peut pas être solutionné du jour au lendemain (et que le reste de l’intrigue, notamment les avancées du héros, Rei Kiriyama, dans le monde du shogi, continue son bonbonne de chemin), d’autre part qu’il impacte l’entourage complet du personnage ici victime de harcèlement. L’histoire montre ainsi comment chacun vit cette situation et agit pour que les choses changent.

Au final, ce titre est porteur d’espoir et je me prends à rêver qu’il participe à une meilleure compréhension de ce problème, qu’il désamorce des situations conflictuelles ou qu’il incite des victimes à tenir bon contre leur bourreau.

À noter qu’au Japon, la diffusion de cet arc a fait l’objet d’un partenariat avec le Ministère de l’Education, de la Culture, des Sports, des Sciences et de la Technologie (MEXT), avec la diffusion de 18.000 posters dans les écoles/collèges/lycées et la mise en place d’un numéro de téléphone spécial pour toutes les écoliers victimes d’intimidation.

Décidément, ce « March comes in like a lion » marquera durablement l’histoire du manga.