La Mécanique du Coeur, de Mathias Malzieu et Dionysos

Les démarches mêlant genres, influences et moyens artistiques sont toujours risquées. Mais quand la sauce prend, la réussite n’en est généralement que plus éclatante. Et c’est justement le cas du nouveau projet de Mathias Malzieu et de son groupe.

Pour tout dire, je n’ai jamais été un grand fan de Dionysos. Ce n’est pas faute d’avoir essayé : j’ai écouté leurs albums avec beaucoup d’attention, j’ai même assisté à un de leurs concerts lors de la tournée consacrée à Western sous la neige. Si je restais relativement hermétique à leurs compositions, je découvrais avec beaucoup d’intérêt Mathias Malzieu et son rapport à l’écriture. C’est par un roman – Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi – que j’ai commencé à mieux appréhender l’univers du chanteur. En cet automne 2007, il confirme tout le bien que je pensais de lui. Et je commence à percevoir Dionysos différemment.

La Mécanique du Coeur, c’est d’abord un livre. Ou un CD. Ou un clip. Une fois plongé dans cet univers, on ne sait plus très bien quel était le medium d’origine. Tant mieux, car c’est une belle preuve de la cohérence de l’ensemble ! Mais, avant tout, La Mécanique du Coeur est une histoire : celle de Jack qui naît en 1874 à Édimbourg, le jour le plus froid du monde. Son coeur en reste gelé. Madeleine, la sage-femme qui aide à l’accouchement, est de fait obligée de remplacer cet organe défectueux par une horloge. Procédé risqué qui assure à Jack de vivre tant qu’il ne s’exposera pas à des émotions fortes. En particulier, l’amour lui sera interdit.
Mais la maîtrise des sentiments n’est jamais chose facile. Et l’âme de Jack s’emballe pour une charmante chanteuse andalouse, Miss Acacia, dont il croise inopinément la route. Jusqu’où pourra-t-il aller pour vivre sa passion ?

D’abord protégé par Madeleine, Jack ne saura se conformer toute son existence aux recommandations de sa mère d’adoption. Il tombe amoureux et expérimente de nouvelles sensations : tour à tour timide, exalté ou simplement curieux, il s’ouvre à l’amour comme au monde. Délicieux conte mêlant poésie, idéaux mais aussi réalisme, La Mécanique du Coeur est une parabole sur l’amour.

L’idée géniale sous-jacente à l’album éponyme, c’est de l’avoir considéré comme une bande-originale et même plus : comme un film sonore adapté du livre. Qui dit film, dit acteurs. Ici, ce sont des invités (de grande qualité) qui jouent chacun un rôle. La distribution fait rêver tant elle est parfaite : Emily Loizeau est le Docteur Madeleine, Arthur H le clochard Arthur, Olivia Ruiz incarne Miss Acacia, Grand Corps Malade le méchant Joe, Alain Bashung Jack l’Éventreur, Éric Cantona Jack devenu grand. Les timbres de voix identifient instantanément chacun des protagonistes. Un mot, voire un souffle, suffisent pour que les personnages prennent vie.

On ferait une erreur à établir une filiation trop approfondie entre le monde de Mathias Malzieu et celui de Tim Burton. Si le Français a été bercé par l’imaginaire du réalisateur américain (jusqu’au prénom de son héros, Jack, qui n’est pas sans rappeler le personnage principal The Night before Christmas), il va au-delà de la simple inspiration. Il signe une oeuvre très personnelle, au-delà du seul champ de la littérature ou de la musique. La Mécanique du Coeur fait battre le mien à de nouveaux rythmes. Une bouffée d’air frais que je recommande à tous !

Terminons ce billet par quelques liens pour approfondir la découverte :

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