Pascal Rabaté à Nantes

Une manifestation à l’honneur de Pascal Rabaté (auteur de Ibicus, et, plus récemment, d’un charmant album intitulé Les Petits Ruisseaux) est organisée à Nantes, du 7 au 9 septembre 2006, au Blockhaus D.Y. 10. Elle donnera lieu à l’exposition de planches de BD et à la projection des films de l’artiste. Une soirée franco-russe est prévue le samedi 9 septembre à partir de 19h.

L’auteur sera par ailleurs en dédicace à la librairie Aladin le 8 septembre en fin d’après-midi.

Puisque rien ne dure, de Laurence Tardieu

J’ai eu mon premier vrai coup de coeur de la rentrée littéraire 2006 ce soir. Je ne vais pas faire la fine bouche : depuis mi-août, j’ai déjà pu me plonger dans différents bons livres, sur lesquels j’aurais l’occasion de revenir prochainement. Toutefois rien ne m’avait encore convaincu comme ce Puisque rien ne dure, de Laurence Tardieu. Il s’agit du premier bouquin de l’été que je lis d’une traite, incapable de m’arrêter avant d’avoir atteint la dernière page.

Vincent, quinquagénaire urbain, vient de recevoir une lettre de la part de Geneviève, la femme dont il a partagé l’existence pendant quinze ans. Elle vit ses derniers instants et, avant de mourir, elle aimerait le revoir. Vincent hésite. Il a peur d’être mis en face d’un passé sur lequel il a tenté de tirer un trait. Mais il sent qu’il doit y aller. Alors il prend sa voiture. Les kilomètres défilent et, avec eux, ce sont les souvenirs qui remontent à la surface : la douleur de la séparation mais, surtout, Clara… Clara, la fillette qui donnait un sens à l’existence de Geneviève et Vincent, un bonheur devenu intense déchirure après sa disparition…

Avec beaucoup de tact et de sensibilité, Laurence Tardieu met des mots sur l’indicible. En peu de pages, elle dépeint deux vies bouleversées par un de ces événements dont tout un chacun espère être à jamais préservé. Elle montre l’avant, le pendant et l’après. Comment continuer à vivre après la disparition de sa fille ? Les deux protagonistes de ce roman ont choisi des voies différentes pour continuer à avancer. Ils se sont séparés, mais il avaient besoin de se retrouver. C’est tout ce parcours que l’auteur saisit dans un des livres les plus bouleversants et enrichissants de l’année !

La Tourneuse de Pages, de Denis Dercourt

Une fille d’une dizaine d’années, passionnée par le piano, est sur le point de passer un concours important. Elle a décidé qu’elle arrêterait de pratiquer cet instrument si elle échouait.
Le jour J, elle donne une prestation remarquable jusqu’à ce qu’un élément extérieur réduise en miettes sa concentration et, avec elle, ses rêves : une admiratrice est entrée dans la salle d’examen pour demander un autographe à la présidente du jury… que celle-ci consent à lui donner.

Des années ont passé. Mélanie termine son BTS par un stage pratique dans le cabinet d’un avocat. Celui-ci recherche, pour les vacances de Toussaint, une baby-sitter. Mélanie propose ses services et emménage momentanément chez les Fauchécourt. Là, elle côtoie Ariane Fauchécourt, concertiste, son ex-présidente du jury. Ariane ne reconnaît pas la jeune femme. Elle aurait peut-être du. Pétrie de doutes, elle cherche un soutien et croit le trouver en la personne de Mélanie, dont elle fait sa tourneuse de pages. Un rôle d’importance dont la performance de l’artiste dépend directement. Entre rancoeur et admiration, quel est le véritable dessein de Mélanie ?

Filons la métaphore musicale en précisant d’emblée que la partition de Denis Dercourt est pleine de subtilité. Le réalisateur met en scène avec finesse l’ambiguïté des sentiments, la fragilité d’une star jadis au firmament, la force tranquille et inquiétante d’une jeune pousse.
Quand Mélanie s’aventure dans les couloirs sombres du sous-sol de la villa, le spectateur plonge avec elle dans les tréfonds des âmes. Il n’en ressortira véritablement qu’avec le générique de fin. Entre temps, il aura eu le loisir de décrypter chaque geste pour tenter d’apporter un peu de lumière sur les motivations de chacun.

L’habile construction que constitue La Tourneuse de Pages repose pour beaucoup sur ses personnages et, de fait, sur la performance de ses acteurs. Déborah François, révélée dans L’Enfant, est remarquable dans ce rôle à l’opposé de celui qu’elle avait assuré dans le film des Dardenne : ici, les expressions de son visage restent constamment sous contrôle, elles ne dévoilent que quelques rares et équivoques sourires. Catherine Frot est, elle aussi, très convaincante dans la peau de cette femme forte devenue étrangement instable.

Denis Dercourt signe ainsi un nouveau long-métrage séduisant. Seuls ceux qui sont réfractaires à certaines conventions du cinéma d’auteur français (ellipses, lenteurs des séquences, économie des dialogues) devraient être déçus.

La Tourneuse de Pages est donc, vous l’aurez compris, un petit plaisir bien agréable en cette période estivale, souvent synonyme de disette cinéphile.

Eloge de la Faiblesse, d’Alexandre Jollien

Alexandre Jollien est né avec le cordon ombilical enroulé autour du cou. Il a résulté de cette asphyxie initiale un handicap important. De fait, le jeune garçon a passé plus de dix-sept ans dans un établissement pour personnes infirmes cérébrales. Il a toutefois réussi à transcender les difficultés qui sont les siennes : il a étudié dans une école de commerce et s’est ensuite tourné vers la philosophie. Il a publié en 2000 un petit bouquin passionnant dont je conseille vivement la lecture : Eloge de la Faiblesse. Dans cet ouvrage présenté sous la forme d’une discussion socratique, Alexandre Jollien témoigne de son parcours, de la vie en institution, de sa plongée dans le monde extérieur, de sa découverte des philosophes, … Un livre à méditer.

Extrait :

Alexandre : Je dis simplement qu’il faut tout mettre en oeuvre pour parvenir à tirer profit, même de la situation la plus destructrice. J’insiste sur les épreuves parce que celles-ci restent inévitables. Rien ne sert de discourir, d’épiloguer des heures durant sur la souffrance. Il faut trouver des moyens pour l’éliminer et, si on ne le peut pas, l’accepter, lui donner sens.

Evolution bédéphile

Je parie que l’émergence des périphériques informatiques (téléphones portables et autres PSP ou IPod, qui prendront le relais du livre électronique, mort-né) va entraîner l’apparition de nouvelles formes de narration en bande dessinée. On en voit déjà d’intéressants prémices dans des webcomics tels que The Great Catsby, de Doha. Edité aussi au format papier, c’est toutefois dans sa forme électronique que cette série est la plus convaincante. On est loin des strips horizontaux qui, avant les webcomics, avaient déjà connu leur heure de gloire à partir des années 50 ; ici, la planche s’étale en hauteur et il faut naviguer verticalement pour la visualiser. Dès lors, des possibilités narratives proches du dessin animé s’offrent à l’auteur : la succession de plusieurs vignettes très semblables et ne différant que par peu d’éléments donne une sensation accrue de mouvement ; les cadrages de type champ/contre-champ, plan large/plan rapproché deviennent plus percutants.
Dans un tel format, l’oeil perd l’aperçu général de la planche propre à la BD sur papier (et donc sa continuité linéaire). A la place, il voit des “cases” se remplacer l’une autre (et non plus se succéder par une lecture de gauche à droite [ou de droite à gauche]). L’impact visuel (et donc narratif) en est de fait modifié.

De nouvelles manières de raconter des histoires ne demandent ainsi qu’à être inventées. Voilà qui devrait nous promettre, au cours des prochaines années, d’agréables surprises.