Clarika à la Bouche d’Air, à Nantes

Hier, avec un collègue, nous discutions du fait qu’en tant qu’enseignants, nous sommes des “théâtreux“. Nous avons besoin du public, de notre dose d’adrénaline. Nous cherchons à séduire, surprendre, passionner. Les arts de la scène ne sont pas loin… et ce n’est pas un hasard si, dans le cadre des formations liées au statut de moniteur de l’enseignement supérieur, nous faisons de l’improvisation et des jeux de rôle. Alors, quand je vais à un spectacle, j’essaie de repérer des petits trucs qui pourraient m’être utiles pour mes cours. Je tente de m’imprégner du talent qu’ont certains artistes pour transmettre émotion, message ou énergie à leur auditoire.

Et le concert qu’a donné Clarika ce soir à la Bouche d’Air de Nantes était une sacrée leçon. Elément qui ne trompe pas : c’est la première fois (depuis que je me rends dans cette salle) que je vois le public continuer de demander un énième rappel alors que les lumières se sont définitivement rallumées. Et finalement obtenir une ultime chanson.

Clarika aimerait se glisser dans les vestiaires des garçons (Les garçons dans les vestiaires), vante les losers (We are the losers), se demande qui elle tirera dans le jeu de cartes du destin (Joker), s’interroge sur les rêves des patineurs (Les patineurs), … De belles fées se sont penchées sur Joker, sa dernière oeuvre en date. D’abord son compagnon de toujours, Jean-Jacques Nyssen. Mais aussi Marie Nimier, Florent Marchet ou encore Michel Jonasz.
Les compositions touchantes des albums studio deviennent particulièrement percutantes en live. Les orchestrations y sont en effet beaucoup plus rock. Le plaisir que la chanteuse prend sur scène est communicatif. Et cela donne la patate aux spectateurs.

Rires et émotion, voilà ce que promet Clarika au début de se prestation. Un contrat rempli haut-la-main !

Au cours de sa représentation, Clarika interprète un titre dédié à Marc Beltra, jeune étudiant français parti étudier à l’Université de Bogota et disparu depuis 2 ans en Colombie. Ce morceau, librement téléchargeable et diffusable, a été enregistré pour éviter que cette affaire ne sombre dans l’oubli. Une sorte de bouteille à la mer pour que l’information remonte avec force en haut lieu. Un beau geste de solidarité, de chanson citoyenne. Et, comme le dit Clarika, c’est à ce genre de démarche que peut aussi servir Internet !

Disney s’offre Pixar

La rumeur circulait depuis quelques jours. C’est désormais officiel : Disnay achète Pixar pour 7,4 milliards de dollars. Voilà qui devrait redorer l’image de Disney, fortement écorchée en 2004 par la rupture des relations entre les deux entreprises.

Espérons toutefois que cette arrivée de Pixar dans le giron de Disney ne s’accompagnera pas d’une perte de créativité. Car les trois projets dont les deux groupes avaient annoncé le lancement il y a quelques mois ne brillaient pas par leur originalité : Toy Story 3, Le Monde de Nemo 2 et Monstres & Cie 2.

Joann Sfar, le dernier rempart contre l’invasion des mangas ?

Je vais finir par ouvrir une rubrique totalement dédiée aux rapports parfois houleux entre BD franco-belge et mangas. La parution des numéros de février de BoDoï (sur lequel je reviendrai prochainement) et de Suprême Dimension (le nouveau magazine BD de Soleil, né des cendres du guère regretté Bandes Dessinées Magazine) aurait en effet tendance à m’y inciter.

Didier Pasamonik tient une rubrique (judicieusement baptisée Pendant ce temps-là dans le microcosme) dans la dernière publication des éditions Soleil. Le sujet de cette première chronique – intitulée “Annus mangaphillis” – ne brille pas d’originalité puisqu’il s’agit d’analyser l’impact du manga sur le marché. D’autres s’y sont déjà collés, témoignant de plus ou moins d’ouverture envers la production nippone.

Didier Pasamonik se rit de la critique littéraire des grands médias. Daniel Schneidermann et Le Monde en tête. A ce sujet, j’ouvre une parenthèse : il faudra prévenir M. Pasamonik que Daniel Schneidermann a émigré à Libération en 2003. L’erreur est d’autant plus surprenante qu’elle ne figurait pas dans la mise en cause dont M. Schneidermann avait déjà fait l’objet dans un article pour ActuaBD. La faute à un correcteur trop zélé ?

Mais revenons-en au sujet qui nous occupe ici : selon Didier Panasonik, la critique n’aurait pas supporté d’être tenue au secret lors de la publication du 33e tome d’Astérix. Ce qui expliquerait la volée de bois vert qu’Albert Uderzo a ensuite du affronter.

Si le chroniqueur concède quelques faiblesses au Ciel lui tombe sur la tête (une trame “trop transparente pour vraiment convaincre“), il renouvelle ses louanges quant au message transmis par l’album :

Mais la morale de l’histoire est pertinente. Elle est comme un message adressé aux créateurs européens : la seule potion magique qui vaille est de rester nous-mêmes, sans trop nous inquiéter de la vague des mangas qui nous submerge et qui finira bien un jour par refluer.

En marge de cette analyse contestable, Didier Pasamonik a toutefois le mérite de rétablir certaines vérités : si les sorties mangas ont explosé en volume, la production de BD franco-belge et de comics a, elle aussi, considérablement augmenté :

Contrairement à ce que prétendent les Pythies, non seulement les mangas sont le moteur de sa croissance, mais ils ont apportée de nouveaux lecteurs à la bande dessinée traditionnelle.

La suite témoigne d’une connaissance pertinente des mécanismes ayant contribué au succès des mangas (diversité des thèmes abordés, rôle moteur des diffusions de séries animées, etc.), les mêmes que M. Pasamonik expose dans ce récent papier pour ActuaBD intitulé Le succès des mangas : Pourquoi il ne s’arrêtera pas.

La troisième et dernière partie de l’article revient, elle, sur l’incontournable Joann Sfar, propulsé homme de l’année 2005 de par le fourmillement de ses projets (albums classiques, BD indépendante, dessin animé, etc.). Didier Pasamonik dit de cette réussite :

Richesse et la diversité de ses thèmes, abondance de la production, déclinaison en dessins animés, en roman et en livres pour enfants,… Joann Sfar est à lui tout seul un antidote aux mangas. Il applique à la lettre le conseil d’Uderzo : rester soi-même.

Si les raisons présidant à ce succès me paraissent bien vues, je suis par contre plus que réservé quant à ce traditionalisme que semble prôner Didier Pasamonik. Si Joann Sfar s’attache effectivement à rester sincère dans chacun des projets dans lequel il s’investit, il est aussi un chaudron dans lequel se mêlent toute sorte d’influences. Là est sa grande force : c’est parce qu’il continue à faire ce qui lui plaît, tout en conservant une curiosité insatiable pour le monde qui l’entoure, que ses oeuvres s’imposent. La force qu’il reconnaît implicitement (dans les premières pages de Petit Vampire et le rêve de Tôkyô) à des titres tels que Nausicaä (de Hayao Miyazaki) ou Galaxy Express 999 (de Leiji Matsumoto) témoigne de cette ouverture d’esprit.

Contrairement à Didier Pasamonik, je crois fermement que c’est justement en persistant à se regarder le nombril que la BD franco-belge courra à sa perte.
Ce trait était déjà, à mon sens, l’une des raisons de la désaffection du jeune public. Si les mangas (et l’animation japonaise) se sont imposés, c’est parce qu’ils offrent des histoires que la franco-belge, engoncée dans ses standards (le fameux 48cc, des univers épurés, un rythme de publication lent), a longtemps été incapable de proposer. Et si la situation évolue, c’est parce que des auteurs nourris de multiples influences (BD européenne, américaine et japonaise) sont désormais en âge d’occuper le devant de la scène. Morvan qui reprend Spirou en est déjà un beau symbole. Et derrière, de nombreux jeunes auteurs se bousculent au portillon : de cette effervescence devraient naître des oeuvres originales qui dépassent les fameuses barrières culturelles entre pays. Cette démarche m’apparaît bien plus prometteuse que toute tentative de défense de son petit pré carré.

Bilan de l’année BD 2005

Après la publication du passionnant rapport annuel de Gilles Ratier, secrétaire général de l’Association des Critiques et journalistes de Bandes Dessinées [via Le Briographe] c’est au tour de l’excellent du9 de proposer son bilan 2005 du marché de la bande-dessinée (sous la plume du talentueux Xavier Guilbert, par ailleurs connu pour ses fameux Karoshi Reports) [via Gilles Laborderie]. Se basant sur les chiffres réels de vente quand Gilles Ratier a, lui, préféré retenir les tirages, du9 présente une analyse différente mais toute aussi pertinente des grandes tendances de la BD. A lire !

Quelques lectures

Une petite pause dans mes réflexions quotidiennes pour évoquer de mes coups de coeur du moment en termes de blogs.

Voilà quelques mois que j’ai découvert La lanterne brisée, blog dont j’apprécie tout particulièrement le traitement graphique et la justesse du ton. Le dernier billet en date est touchant, tant par sa construction que ses dessins.

En termes de blog BD, Boulet est plus que jamais la référence. La question qu’on se pose immanquablement c’est : mais comment diable fait-il pour être su productif ? Chaque planche est particulièrement travaillée, avec une chute bien souvent surprenante. C’est bien simple : chacun des billets de Boulet est meilleur que bon nombre d’oeuvres publiées ici et là en prépublication. C’est frais, jeune et original.

Ce n’est pas une nouveauté, mais je me suis récemment replongé dans le blog de François. Des textes travaillés, dotés de réflexions et de références approfondies. Une agréable lecture.

Garoo a lancé #FF00AA, consacré à l’informatique, aux blogs, aux Macs… Sympa pour maintenir son niveau en geekeries.

Histoire d’un livre qui se construit au fur et à mesure : Denis Sigal propose, sur son blog, de découvrir la génèse d’un ouvrage à paraître aux éditions Eyrolles, Le Grapholexique du Manga.