Les Blogs, par Benoît Desavoye, Christophe Ducamp, Xavier de Mazenod et Xavier Moisant

Les Blogs – Nouveau media pour tous est un ouvrage signé Benoît Desavoye (entrepreneur fondateur de Haut et Fort), avec Christophe Ducamp (conseiller en communication et technologies fondateur d’elanceur et de CraoWiki), Xavier de Mazenod (ancien journaliste, fondateur associé de la société de conseil Adverbe) et Xavier Moisant (directeur de Place de la Démocratie), édité par M2 Editions. D’emblée, ces noms sont porteurs d’une certaine crédibilité : l’implication des personnes sus-citées dans le développement des NTIC est en effet bien connue.

Commençons par évacuer le point le plus litigieux concernant ce livre : sa très forte orientation vers le monde de l’entreprise. Non que ce soit un mal en soi, seulement le titre se veut résolument général (l’universalité du media étant martelée par la mention “pour tous“). Il y a là un paradoxe qui apparaît dès la lecture du sommaire : la première partie est consacrée au “Phénomène blog“, la deuxième aux “blogs dans le monde des affaires“, la troisième à “la pratique“. Quid des utilisations pédagogiques du weblog ? Elles sont plus ou moins passées à la trappe et c’est bien dommage. A mon sens, des travaux tels que ceux que mènent Mario Asselin (au Québec), Stéphanie Booth (en Suisse), Corinne et bien d’autres, mériteraient d’être eux aussi référencés et analysés.

La préface, signée Loïc Le Meur (qui apparaît désormais incontournable dès que les blogs et l’entreprise sont mêlés), annonce clairement la couleur. Le DG de la filiale européenne, moyen-orientale et africaine de Six Apart y fait part de son expérience du blogging dans l’entrepreunariat. Il y explique ainsi comment, grâce à son weblog, il a pu “constituer un précieux réseau d’une centaine d’amis allemands en une semaine qui [l]’ont aidé à obtenir les premiers rendez-vous qu'[il] souhaitait organiser en particulier avec les opérateurs télécom et Internet allemands” et recruter le manager allemand de son entreprise en quinze jours. Analysant les processus de communication classique dans l’entreprise, Loïc Le Meur tente une comparaison discutable entre l’essor des weblogs et le phénomène open-source (la référence à l’open source plutôt qu’au libre est-elle volontaire ?). D’un côté, je me réjouis que les entrepreneurs qui liront ce livre soient ainsi sensibilisés à un état d’esprit qu’ils méconnaissent souvent. Toutefois, le parallèle me paraît ici un peu hasardeux. Il me semble en effet important de distinguer le fond (ce que les bloggeurs écrivent) de la forme (la présence de commentaires notamment). La préface cite l’exemple d’un weblog de recettes que les visiteurs peuvent enrichir grâce à leurs commentaires. Mais ce n’est pas le weblog en lui-même qui garantit de tels enrichissements, c’est la licence qui encadre la distribution des recettes. Car celles-ci pourraient être protégées de sorte que le visiteur, même s’il a accès à leur contenu, soit obligé de payer une licence d’utilisation ; ou se voit interdire l’apport de toute modification.

Sur la forme, Les Blogs souffre parfois d’une mise en page pataude, certainement liée à l’utilisation des outils de PubliCooperation : aucune légende n’est associée aux captures d’écran, les titres sont quelques fois mal placés (la page 93, par exemple, se termine sur le sous-titre “Aux Etats-Unis” et il faut tourner la page pour lire le paragraphe correspondant). Je regrette aussi l’absence d’un lexique en fin d’ouvrage.

Une fois ces réserves évoquées, force est de reconnaître la qualité du travail effectué sur cet ouvrage. L’exposé est bien structuré, l’argumentaire bien rôdé, les exemples nombreux. J’ai particulièrement apprécié l’important nombre de références auxquels renvoient les auteurs (en témoigne la multitude de notes de bas de page). De même que les interviews et présentations plus détaillées, dans certains encadrés, de projets et initiatives tels que rss4you, blogolist ou FOAF. Le livre se veut aussi didactique : la troisième partie propose ainsi une sélection de weblogs et de plates-formes de publications. On y trouve aussi quelques conseils pour débuter. Un effort louable.

Les Blogs s’impose comme un ouvrage à lire pour toute personne désireuse d’en savoir plus sur le phénomène (voir aussi le weblog associé). Même les connaisseurs devraient y trouver leur compte, car il s’agit là d’une synthèse pertinente sur l’essor de ce media.
La comparaison avec Blog Story, de Cyril Fievet et Emily Turrettini, est bien sûr inévitable : en fait, les deux livres ne rentrent pas en concurrence, ils sont complémentaires. Blog Story a choisi d’aborder les blogs sous un angle plus sociologique, alors que Les Blogs est clairement orienté “utilisateur”. En particulier, utilisateur dans l’entreprise. Il ne manque donc plus qu’un ouvrage qui ferait le pont avec le monde universitaire.

Someday’s Dreamers

Etsuko Kikuchi est une grande magicienne qui a renoncé à faire usage de ses pouvoirs. Mais sa fille, Yume est désormais en âge d’aller à Tôkyô pour compléter son apprentissage de sorcière. Elle est placée, le temps d’un été, sous la responsabilité de Masami Oyamada. Car dans ce monde où la magie fait partie intégrante du quotidien, l’activité des sorciers est placée sous la juridiction du Ministère de la Magie. L’exercice de la magie est en effet indissociable de certaines règles éthiques que Yume doit peu à peu intégrer. Les personnes qu’elle croise l’amènent ainsi à repenser ses rêves et son rapport aux autres.

Someday’s Dreamers est une bulle d’air frais dans une production japonaise surabondante (et parfois redondante). L’histoire ne repose pas sur des ressorts dramatiques très lourds, et c’est justement ce qui fait la force de ce titre : les auteurs ont choisi de nous présenter, en deux volumes, les expériences vécues par Yume lors de son séjour d’initiation, sans pathos inutile. Tout comme la jeune fille, le lecteur fait la rencontre de personnages attachants qui ont tous en commun cette volonté d’agir sur leur destinée. L’oeuvre, appuyée par le dessin tout en finesse de Kumichi Yoshizuki, constitue ainsi une vibrante invitation au rêve. Un propos bienvenu.

Les mots, premiers témoins de glissements idéologiques

De par le passé, j’ai déjà évoqué les rapports incestueux qu’entretiennent parfois les mots avec certaines idéologies. Le milieu des ressources humaines en est, à l’heure actuelle, une des illustrations les plus frappantes.

Dans son édition du 12 avril, Télérama aborde de nouveau ce thème, à travers un petit article ravageur, au titre évocateur “Etudiant ou épargnant ?
Il s’agit de stigmatiser le récent remplacement des unités de valeur (UV) par les crédits européens (European Credit Transfer System ou ECTS). Un papier un brin polémique, mais qui a le mérite de capter l’attention du lecteur et de le faire réfléchir sur cette évolution du langage. Car l’enseignement fait l’objet, depuis quelques années déjà, d’une véritable marchandisation. Et si l’auteur y va un peu fort en se demandant “à quand les copies d’étudiants rebaptisées “relevés mensuels” et les échecs aux examens “soldes débiteurs”” , il n’a pas vraiment tort d’écrire que des crédits, cela permet de “comprendre qu’apprendre, c’est déjà faire du fric et que les études, ça se gère comme un compte en banque“. Les élèves deviennent peu à peu les clients d’un gigantesque supermarché de l’enseignement, panachant leur formation avec les cours qui leurs paraissent les plus attractifs. Un système dans lequel l’emballage risque de prendre. Et l’emballage risque, à terme, de primer sur le contenu.

Sur des thèmes connexes, on pourra lire avec profit L’école républicaine mise en bière, par Louis Weber (Le Monde Diplomatique, mars 2005) ou L’école n’est pas une entreprise : Le néo-libéralisme à l’assaut de l’enseignement public, par Christian Laval.

Un générateur automatique d’articles en informatique

Voilà un programme susceptible de faire rêver des milliers de chercheurs : SCIgen – An Automatic CS Paper Generator est un logiciel qui génère automatiquement des papiers de recherche en informatique, avec graphes, figures et citations. Il a été conçu par trois étudiants du MIT, Jeremy Stribling, Max Krohn et Dan Aguayo.

Parmi les usages possibles de leur outil, les auteurs évoquent la génération automatiques de papiers à soumettre dans des conférences sans aucune assise scientifique. Autrement dit, les manifestations dont l’existence est justifiée par le seul désir de “faire du fric“.
Les concepteurs de SCIgen semblent bien partis dans cette voie puisqu’un de leur article généré automatiquement a été accepté à WMSCI 2005. Ils cherchent actuellement des fonds pour financer leur déplacement à cette conférence.

[via Jean-Luc]

Deux artistes à voir sur scène : Alexis HK et Amélie-les-crayons

Il est des artistes qui attachent une grande importance à la construction d’un univers qui leur est propre. M et Thomas Fersen en sont deux bons exemples : si leurs compositions sont parfois déroutantes, on ne peut nier leur originalité.

Ces dernières années, de nouveaux groupes français adoptant le même genre de démarche artistique s’imposent peu à peu. Alexis HK et Amélie-les-crayons, qui étaient récemment en concert à Nantes (respectivement le 15 mars et le 12 avril), comptent parmi eux.

Alexis HK a eu la chance de se faire remarquer dès la sortie de son premier album, Belleville. Il faut dire que le premier single qui en était tiré, le virevoltant C’que t’es belle, avait de sacré arguments. Sans même parler du travail accompli sur le clip associé, qui faisait partie de la sélection officielle du Festival International du Film d’Animation d’Annecy en 2003. Fin 2004, Alexis HK est revenu avec un nouveau CD, particulièrement réjouissant, L’Homme du Moment.

Sur scène, les compositions gagnent encore en saveur. La performance est remarquable : Alexis HK et ses musiciens ne se contentent pas d’interpréter les chansons des différents albums en live, ils les mettent en scène : le début du concert est inoubliable et les transitions entre les titres sont particulièrement travaillées, … Les interprétations sont ainsi à la hauteur du monde fantasmagorique que décrit l’artiste dans ses deux albums.

La soirée s’est très logiquement terminée par une standing-ovation.

Un mois plus tard, c’est Amélie-les-crayons qui montait sur la même scène … pour un résultat final similaire : l’enthousiasme du public.

Encore plus que dans le cas d’Alexis HK, ce n’est que lorsqu’elles sont jouées devant un auditoire que les chansons d’Amélie-les-crayons prennent toute leur ampleur ; les mimiques d’Amélie et de ses musiciens, leur mystérieux piano à queue, l’éclairage font basculer le spectateur dans un univers onirique. Si les morceaux semblaient être à l’étroit sur les pistes du CD, ils déploient ici tout leur charme. Et il est bien difficile de résister à la belle Amélie.