La mangathèque idéale : conférence de Jean-Marie Bouissou à l’Espace Diderot de Rezé

Dans le cadre d’une animation autour de la littérature et la bande-dessinée japonaise, la médiathèque de Rezé (44) accueillait aujourd’hui une conférence de Jean-Marie Bouissou, directeur de recherche à Science Po’, spécialiste du Japon contemporain et initiateur du Manga Network (groupe de recherche franco-japonais sur le manga). Le public avait répondu nombreux à l’appel, puisque plus de 50 personnes se pressaient pour découvrir – ou redécouvrir – le manga.

Jean-Marie Bouissou a décomposé son exposé en deux parties. La première s’est attachée à replacer la production de BD au Japon dans son contexte socio-culturel, à savoir que les Japonais ont une vraie culture de l’image dessinée. Le manga est un produit de consommation courante. Les tirages de BD sont sans commune mesure avec ce que l’on connaît en France. Si les tirages relatifs représentent annuellement, dans l’hexagone, 1 BD par français (comprendre par là qu’environ 60 millions d’albums sont ainsi imprimés chaque année), ils sont de 6 albums par Japonais !

L’universitaire est revenu sur le fort lien qu’a le manga avec l’actualité. En prenant par exemple le cas d’un des premiers mangas parus en France, dans les années 80 : “Les secrets de l’économie japonaise” de Shotaro Ishinomori, préfacé par Christian Sauter (devenu plus tard ministre). Ou encore le cas de ces titres relatant l’épopée de Carlos Ghosn à la direction de Nissan, ou la campagne victorieuse de Barack Obama à la l’élection présidentielle des États-Unis. Il a ensuite détaillé son propos via Ki-itchi!, un titre qui, dès son premier tome, confronte son jeune héros au problème des sans-domiciles fixes nippons. Un scénario très fortement ancré dans la réalité japonaise, avec un personnage qui grandit et évolue au fil des tomes. Voilà donc ce qui constitue une des caractéristiques de la bande dessinée japonaise !

Jean-Marie Bouissou a dès lors repris la plupart des clichés entendus autour du manga pour les démonter un par un. “Certes, le manga est violent, mais la société japonaise est violente“, a-t-il expliqué, présentant ainsi la BD comme un des moyens cathartitiques de soulager ces pulsions de violence. De même, “le manga peut être scatologique, mais les Japonais – de par la religion shintoïste et l’histoire de leur agriculture – n’ont pas la même relation aux excréments que les Occidentaux, excréments humains qui, pendant longtemps, furent le principal engrais.” L’orateur s’est attaché à montrer que tout cela constituait une facette tout aussi véridique du Japon que l’image d’Épinal des cerisiers en fleur. Et pour enfoncer le clou, il a repris les courbes montrant le nombre de meurtres et de viols aux États-Unis et au Japon : la comparaison est à l’avantage du Pays du Soleil Levant et ce, évidemment, en dépit de la violence pré-supposée de sa bande-dessinée !

Dans la deuxième partie de sa présentation, Jean-Marie Bouissou s’est consacré à la présentation des 12 titres qui, selon lui, constituent la mangathèque idéale. Des choix par lesquels il a voulu mettre en évidence la variété de la production japonaise, mais aussi affirmer ses propres goûts. Voici donc la liste des 12 mangas qui sont, selon lui, particulièrement dignes d’intérêt : Les Larmes de la Bête de Yoshihiro Tatsumi, L’Arbre au Soleil de Osamu Tezuka, Satsuma de Hiroshi Hirata, Stratège de Hideki Mori, Kenichi Sakemi et Sentaro Kubota, GTO de Torû Fujisawa, Rosario+Vampire de Akihisa Ikeda (un choix qui a de quoi surprendre !), Chobits de Clamp, Happy Mania de Moyocco Anno, Pink de Kyoko Okazaki, Nausicaä de Hayao Miyazaki, Galaxy Express 999 de Leiji Matsumoto et enfin Gunnm de Yukito Kishiro.

La rencontre s’est terminée par le jeu des questions/réponses avec le public. Des interrogations classiques (“pourquoi des grands yeux ? La BD japonaise est-elle segmentée ? Les dessinateurs japonais travaillent-ils avec des scénaristes ? etc.“) qui justifient pleinement que bibliothèques et médiathèques organisent ce type d’événement !

Rebuild of Evangelion, ou la flamme ravivée pour une passion vieille de plus de 10 ans

1. Evangelion est certainement, avec Albator et Dragon Ball, la série qui a eu le plus d’impact sur ma passion pour l’animation japonaise. C’est en 1997 que je l’ai découverte, d’abord par la grâce d’une K7 VHS (oui, je parle presque d’une époque que les moins de 15 ans n’ont pas connu) exclusive vendue avec le magazine Joypad, et qui contenait une dizaine de minutes de cette oeuvre qui faisait alors grand bruit au Japon. Puis par l’intermédiaire des K7 VHS de Dynamic Vision (devenu par la suite Dybex). C’est bien clair : rien n’a jamais égalé l’excitation précédant la sortie d’une de ces nouvelles VHS. Combien de fois ai-je pu passer chez mon revendeur de K7 d’animation japonaise pour lui demander si “le précieux” n’était pas arrivé ? En même temps, il y avait l’essor d’Internet (auquel j’ai eu accès la même année). Je ne peux m’empêcher d’essuyer une petite larme en me rappelant les débats enfiévrés, sur le newsgroup fr.rec.anime, qui suivaient la diffusion de chaque épisode sur C: (chaîne que je ne captais malheureusement pas). Et ce n’est pas tout à fait un hasard si un des premiers articles que j’ai écrits pour mon site web, en 1998, était dédié à cette belle œuvre.
Neon Genesis Evangelion, c’est vraiment la série qui m’a définitivement convaincu d’aller au-delà des titres de pur divertissement à la Dragon Ball ou Saint Seiya. C’est la série qui a accompagné la fin de mon adolescence, avec tout ce que cela peut impliquer comme effet “Madeleine de Proust”. Seulement, le projet Rebuild Of Evangelion (quatre films annoncés entre 2007 et 2011) ne joue pas seulement sur la nostalgie des fans. Il s’agit d’une véritable relecture de l’univers Evangelion. Susceptible de plaire tout autant aux vieux fans qu’aux adolescents de maintenant.

2. Pourquoi tenir à proposer Rebuild of Evangelion dans la programmation du festival Utopiales, manifestation à laquelle je collabore depuis 2006 ? D’abord parce qu’Evangelion est un des titres phares de la culture visuelle japonaise, comme avait pu l’être Gundam en son temps. Il s’agit d’un incontournable qui, en étant remis au goût du jour, méritait une mise en lumière toute particulière ! Surtout que Hideaki Anno et le studio khara (qu’il a fondé spécialement pour l’occasion) et Gainax ne se sont pas moqués de nous. Loin d’être une simple compilation de la série originelle, les longs métrages offrent beaucoup de matériau inédit, tant dans la forme (tous les plans ont été réalisés spécialement pour l’occasion, avec une finesse bien plus importante qu’à l’époque) que dans le fond (nouvelle psychologie de personnages tels que Rei ou Asuka, nouveau personnage, …).
J’ai réalisé dernièrement que, dans mon enthousiasme à proposer Evangelion dans le cadre de la journée Manga-tan, il y avait aussi la volonté de participer à mon tour à la popularisation de cette oeuvre culte. Peut-être y aura-t-il, au sein du public des projections d’Evangelion 1.0 et 2.0, des personnes qui seront durablement marquées par ces films et qui, dans une dizaine d’année, auront repris le flambeau pour promouvoir cette oeuvre – et plus généralement le manga et l’animation japonaise ?

3.  Si Evangelion 1.0 commençait par des scènes d’une très grande fidélité à la série télévisée d’origine (au point de faire dire à certains tristes sures que les storyboards de 1995 avaient resservi “tels quels”), il s’en écartait progressivement… pour proposer une relecture assez époustouflante du climax des épisodes 5 et 6 de la série animée à travers l’Opération Yashima. Evangelion 2.0 s’ouvre avec des scènes de la même intensité. On en viendrait presque à penser que, si le début d’Evangelion 1.0 était aussi académique, c’était pour rassurer des investisseurs parfois échaudés par l’imprévisibilité de Hideaki Anno. Il suffit de regarder les dix premières minutes du deuxième volet pour être complètement soufflé… le spectateur est alors complètement scotché dans son siège, à se demander ce qui pourra lui arriver ensuite.

4. Nombreuses sont, au final, les différences entre le 19 premiers épisodes de la série animée de 1995 et les deux premiers volets du projet Rebuild. Hideaki Anno et le studio khara ont bien compris qu’on ne raconte pas, en 2008-2009, une histoire de la même manière qu’on le faisait au milieu des années 90. Surtout quand on passe d’un format d’épisodes d’une vingtaine de minutes à des longs métrages de plus de 90 minutes. Si l’aspect feuilletonesque demeure du fait du découpage en 4 films (un côté pleinement assumé, comme en attestent les trailers à chaque fin d’épisode), chaque volet se devait de constituer un tout. Evangelion: 1.0 You Are (Not) Alone mettait en exergue le lien naissant entre deux personnages qui se croyaient définitivement seuls au monde, à savoir Shinji et Rei. Evangelion: 2.0 You Can (Not) Advance montre, quant à lui, combien ces deux adolescents – désormais rejoints par Asuka – évoluent, forts de leurs interactions les uns avec les autres. Les traits de caractère de chacun de membres de ce trio ont évolué, surtout du côté féminin. Est-ce à dire qu’en 2009, on dit plus les choses du coeur qu’en 1995 ? Une chose est sûre : les Asuka et Rei d’Evangelion 2.0 mettent beaucoup plus de mots sur leurs sentiments que leurs homologues de la série télévisée (pour accentuer cette différence, Asuka a même changé de nom !). Cette tendance est confirmée par un des fils conducteurs du film, un dîner que Rei souhaite offrir aux deux hommes de sa vie. Les rapports de “force” entre chacun des membres de ce trio sont très bien repensés, avec l’ajout d’une dimension romantique en partie absente de l’oeuvre originelle. Sur le sujet, on ne peut qu’apprécier la manière dont Anno joue avec les références que ne manqueront pas d’avoir certains spectateurs. Comment ne pas relever le recours à des musiques issues de Entre elle et lui, adaptation animée d’un shôjo manga de Masami Tsuda pour laquelle Anno avait réalisé deux épisodes complètement électriques.

6. Pour ceux qui aiment se creuser la tête sur les mystères d’Evangelion, terminons par un avertissement : ne prenez pas forcément au sérieux tous les éléments disséminés dans les trailers à la fin de chacun des films. En effet, le trailer d’Evangelion 2.0 proposé à la fin d’Evangelion 1.0 annonce la couleur : on y aperçoit deux scènes au final absentes du second opus cinématographique. La première nous montre Misato giflant Ritsuko (adaptation d’une scène apparaissant dans l’épisode 16 de la série, quand Misato et Ritsuko travaille sur une solution pour faire sortir l’Eva-01 et Shinji de la Mer de Dirac, un Ange qui l’a absorbé). La seconde présente la nouvelle pilote d’Eva, Mari Illustrious Makinami, en costume d’écolière (anglaise ?), en train de contempler des explosions en forme de croix : une scène qu’on retrouve dans l’épisode 2.0, mais avec un autre décor : d’une part, quand Mari observe l’explosion du troisième Ange au début du film (mais elle est alors en plug-suit) ou, un peu plus tard, quand elle regarde le GeoFront… là où la scène du trailer laisserait plutôt penser qu’elle assiste à l’attaque du dixième Ange, Zeruel.  Mais, concrètement, il n’y a rien de tel dans Eva 2.0. Se pose donc évidemment la question de savoir à quel point le réalisateur a déjà détaillé la trame des prochains films lorsqu’il prépare le trailer de ceux-ci. Le trailer d’Evangelion 3.0 donne-t-il un aperçu pertinent du prochain épisode ou, au contraire, nous mène-t-il vers de fausses pistes ? Quand je relis les paroles de “Beautiful World” d’Hikaru Utada (qui sert de générique aux deux premiers volets de Rebuild Of Evangelion, sous la forme de deux mix différents mais totalement similaires au niveau des paroles), je ne peux m’empêcher de penser que Anno nous prépare peut-être un aussi gros coup qu’à la fin de la série télévisée. Le mystère qu’il parvient à recréer attise – forcément – la curiosité.

Interview pour un reportage TV sur les Technologies de l’Information et de la Communication pour l’Enseignement

Le 26 août dernier, j’étais interviewé par une équipe de DIPP pour un sujet sur les Technologies de l’Information et de la Communication pour l’Enseignement (TICE). Le reportage a été diffusé ce jour sur Télénantes (accessible partout en France par exemple sur le canal 208 de la Freebox) dans l’émission “Étudiants Poil aux Dents“. Si vous l’avez manquée, vous pourrez la revoir lors de l’une des nombreuses rediffusions prévues au cours de ce mois de septembre.

Cette interview m’a donné l’opportunité de revenir sur plusieurs des projets que je mène à Centrale Nantes dans le domaine des TICE (un sujet qui me tient à coeur depuis plusieurs années), notamment sur l’utilisation des Tablets PC dans un contexte pédagogique. Il s’agit là d’un projet que je supervise avec Guillaume Moreau (que l’on aperçoit subrepticement dans le reportage). Les différentes expérimentations en la matière sont synthétisée sur un blog dédié.

Trois étudiants en dernière année à Centrale Nantes (Nelle Varoquaux, Mathieu Augé et Jonathan Windandy) se sont rendus disponibles pour répondre aux questions des journalistes (et je les en remercie). Ils évoquent notamment leur rapport à ces nouvelles technologies.

Ce court sujet documentaire se termine par un zoom sur la mise en place du Certificat Informatique et Internet (C2i) par nos collègues de l’Université de Nantes. Un thème là aussi passionnant ! Plusieurs niveaux de certification sont en train d’être mis en œuvre à l’échelle nationale. Et le déploiement du C2i niveau “Métiers de l’Ingénieur” dans les formations délivrant le diplôme d’ingénieur sera l’un des sujets majeurs de l’année à venir. J’aurai l’occasion de revenir sur le sujet prochainement puisque je me rends jeudi à Paris pour une réunion sur le sujet.

Et pour ceux qui ne peuvent pas recevoir Télénantes, voici l’extrait du reportage consacré aux TICE :

Twitter à Japan Expo : bilan de l’expérience

Maintenant que la dixième édition du festival Japan Expo s’est terminée, il est temps pour moi de dresser un bilan de mon utilisation de Twitter dans ce cadre. Il s’agissait de la première fois que je faisais un usage aussi intensif de l’outil sur un événement. J’avais bien publié quelques twitts pendant le Festival BD d’Angoulême 2009, mais cela n’avait rien de comparable, en volume, avec ce que j’ai produit à Japan Expo.

Première remarque : vivement que soit véritablement amélioré l’appareil photo de l’iPhone (ou d’un autre outil nomade polyvalent) ! Ce n’est malheureusement pas l’évolution iPhone 3GS qui va changer la donne. C’est pourtant le principal facteur limitant la qualité des clichés qu’on peut partager “en direct” (à moins de déployer un équipement plus complexe et plus lourd, constitué d’un appareil photo de bonne qualité, d’un ordinateur portable et d’une clef 3G). L’intérêt des photos tient donc plus à leur statut d’”instantanés pris sur le vif” qu’à leur “beauté” (même si, évidemment, il est toujours possible de réaliser des petits chefs d’oeuvre, même avec des moyens limités… mais je n’ai pas ce talent).

Twitter n’aurait-il donc de valeur que dans le présent d’un événement ? C’est en tout cas une impression tenace que confirme l’aspect déstructuré de twitts publiés au fil de l’eau. Des compte-rendus argumentés et détaillés ne vont pas tarder à fleurir (on peut même dire que c’est chose faite, au vu des articles que plusieurs fans proposent déjà au jour le jour). Rendant les twitts obsolètes car trop partiels et superficiels.

Pourtant Twitter est à même de donner une image fidèle d’une manifestation et de constituer une perspective intéressante d’investigation, comme nous l’a montré l’histoire récente (même si, en la matière, reste posée la question de la représentativité des utilisateurs de Twitter au regard de la population générale impactée). Et donc de s’inscrire dans la durée… à condition que le lecteur accepte de hiérarchiser lui-même les brèves qu’il vient recueillir.

C’est peut-être cet effort qui rebute certaines personnes. Twitter délivre de l’information : fiable ou non, pertinente ou non. Il appartient dès lors à ceux qui se placent en aval d’accorder plus ou moins de valeur à telle source, de tirer la quintessence des multiples voix qui se font entendre. Quand on se souvient la méfiance générée, au début des années 2000, par le phénomène “blog“, rien de bien étonnant à voir la même réaction face au “micro-blogging“.

Cela fait plusieurs années que j’entends parler de Twitter (il en va ainsi de Second Life, Seesmic, etc.) et j’étais moi-même perplexe du buzz qui l’entourait. J’ai toutefois décidé de m’y essayer en octobre dernier, en tentant différentes formules, sans toutefois parvenir à trouver un argument fort pour vanter les mérites de l’outil. Partager son actualité, évoquer ses coups de coeur en manga ou en anime… tout ceci est bien beau, mais cela était déjà possible avant, sous d’autres formes.

Mais mon usage de Twitter à Japan Expo m’a (enfin !) procuré un premier cas d’utilisation pleinement concluant. Je suis désormais profondément convaincu du potentiel de l’outil (fortement dépendant, en fait, de la possibilité d’accéder en permanence à Internet… ce que le réseau 3G permet désormais sur une large part de l’Hexagone).

Un exemple (parmi d’autres) : les membres de la Brigade S.O.S. (association visant à promouvoir non seulement la série La Mélancolie de Haruhi Suzumiya, mais plus généralement la culture otaku) organisaient, chaque jour à 15h, un karaoke du Kumikyoku (pour les non-initiés, il s’agit grosso modo d’un patchwork de plusieurs génériques de dessins animés/jeux vidéos constituant un véritable hymne de la communauté otaku mondiale). Il se trouve que MOSAIC.WAV, le groupe original chantant un des titres apparaissant dans le Kumikyoku, était invité de cette édition 2009 de Japan Expo. Ni une, ni deux, la Brigade S.O.S. s’est démenée pour obtenir que MOSAIC.WAV participe à l’interprétation du Kumikyoku le dimanche. La chose s’est décidée en plein pendant le festival, AxelTerizaki l’a annoncé samedi soir sur son compte Twitter. Dès que j’ai pu avoir confirmation de l’information (le dimanche en début d’après-midi), je l’ai relayée en espérant qu’un maximum de personnes puisse la voir… le tout pour une “représentation” à 15h. Quel autre moyen y avait-il de transmettre rapidement ce genre d’info à un large public (même si j’ai bien conscience que le nombre de Français faisant un usage fréquent et fin de Twitter pour de la recherche d’information reste, pour le moment, restreint) ? Voilà typiquement le genre de média qui peut devenir incontournable pour faire circuler à large échelle – à un public ciblé dont on ne connaît pas les coordonnées – des informations expirant rapidement.

J’ai déjà évoqué, dans mon précédent billet, les obstacles à un usage sémantiquement satisfaisant de Twitter. Je n’y reviendrai donc pas. Car, malgré cela, une simple recherche sur les mots “Japan Expo” dans le moteur dédié de Twitter permettait de récupérer un panorama intéressant de réactions sur le festival, moyennant bien entendu un tri. C’est par ce biais que j’ai appris samedi matin qu’il y avait des problèmes de R.E.R… retour que j’ai alors recoupé avec une recherche sur Google News, ce qui m’a permis d’apprendre pourquoi le trafic était coupé (agression survenue plus tôt dans la matinée). J’ai alors publié un lien vers la dépêche AFP dédiée… une information dont certains m’ont dit (par exemple Shadows qui m’a contacté par message privé sur Twitter) avoir tiré profit pour repousser leur visite au festival d’une journée ! Je pourrais aussi évoquer les sueurs froides que j’ai (indirectement) provoquées chez quelques-uns (responsables de stands sur le festival), en faisant suivre jeudi soir l’article de Total Manga évoquant l’inondation partielle de Japan Expo

Autant d’anecdotes qui montrent l’intérêt d’un outil tel que Twitter sur un festival d’envergure telle que Japan Expo. Le fait que le public visé soit, en France, encore restreint est son inconvénient majeur. Bien malin celui qui prédira correctement l’évolution des habitudes des Français envers Twitter. Après, il faut avoir conscience que twitter fréquemment exige une discipline à part entière… et qu’on a vite fait de continuer à utiliser des hashtags alors qu’on écrit sur papier.

Le mot de la fin ? Cette dixième édition de Japan Expo aura été un excellent cru (le mérite en revient à une belle programmation, des concerts excitants, des invités passionnants… et un public qui met de la vie et des couleurs dans les murs du Parc des Expositions de Villepinte). J’aurais pris beaucoup de plaisir à y assister. Et à couvrir l’événement via Twitter. Une expérience que je reconduirai sans doute sur d’autres manifestations – et, bien sûr, sur Japan Expo 2010.

NB : vous pouvez retrouver, en un clic, l’intégralité de mes twitts traitant de Japan Expo grâce au moteur de recherche de Twitter.

Ma vision de la dixième édition de Japan Expo en direct sur mon flux Twitter

À l’occasion de la dixième édition de Japan Expo au Parc des Expositions de Villepinte, j’ai décidé d’utiliser Twitter en direct afin de partager ma vision de ce très beau festival. J’ai déjà mis en ligne un certain nombre de photos et de petites brèves qui pourront intéresser ceux d’entre vous passionnés par la culture visuelle japonaise. Vous pouvez suivre tout ça sur mon compte Twitter dédié à la BD, au cinéma d’animation, à la musique, etc. : http://www.twitter.com/morgan_culture

C’est la première fois que j’utilise Twitter de manière aussi intensive, que ce soit dans le cadre d’une activité culturelle ou scientifique. J’avais bien déjà fait quelques essais en colloque scientifique avec mon compte dédié aux nouvelles technologies de l’information et de la communication, mais la population intéressée par le sujet était alors trop restreinte pour que l’expérimentation soit vraiment concluante. Là, à Japan Expo, où plus de 100 000 visiteurs sont attendus – avec une population assez geek -, une certaine masse critique est atteinte. Je perçois ainsi la réalité de certains phénomènes que certains ont déjà décrits avant moi quant à Twitter : la sensation de “proximité” (ou tout au moins d’intérêt) avec des personnes qui vivent et écrivent, en même temps que moi-même, sur le même sujet/concert/conférence. Cela permet d’accéder à des informations à côté desquels on serait passés sinon. Mais également d’avoir une vision plus large d’une manifestation de toute manière trop vaste pour pouvoir tout en vivre. Après, le défi est de ne pas devenir trop dépendant de l’outil, que ce soit en recherche ou en partage d’information.

Je ne peux également m’empêcher de mettre cette expérience en parallèle avec les cours que j’enseigne à mes étudiants dans le domaine du web sémantique. Je distingue en effet, dans l’utilisation que certains font de Twitter, quelques-uns des obstacles que Cory Doctorow cite pour évoquer la difficile émergence d’un web sémantique : beaucoup n’utilisent pas de tag pour identifier leurs twitts. Il faut dire qu’il importe d’identifier préalablement la forme générale du tag (autrement dit, celle qui s’impose le plus vite, entre #je09, #je, #japan-expo, #japanexpo, etc.) et, encore plus important… être au courant de l’existence des hashtags dans un outil d’apparence aussi basique que Twitter ! Une application web peut donc être très simple d’accès (et se populariser grâce à cette facilité de prise en main) mais exiger un minimum d’autonomie de son utilisateur quant à son enrichissement sémantique.