Petit Vampire et le Rêve de Tokyo : quand Joann Sfar évoque la culture japonaise…

A mille lieux des clichés ressassés par Albert Uderzo dans le dernier Astérix, Joann Sfar a lui aussi décidé d’évoquer le Japon dans le nouvel opus de Petit Vampire : Petit Vampire et le rêve de Tokyo, disponible en librairie depuis le 7 décembre.

Une nuit, Petit Vampire s’étonne que Michel ne vienne pas jouer avec lui. Il y a une bonne raison à cela : le jeune garçon a la grippe et doit rester au lit. Alors il dévore des mangas. Et les fait découvrir à son ami.

Rentré chez lui, Petit Vampire se plonge dans les ouvrages que lui a prêtés Michel… et finit par s’endormir. Ses rêves le conduisent dans une ville de Tôkyô multi-facettes, où tradition, culture populaire et réalisme économique se mélangent allègrement.

Quelle surprise que de voir Petit Vampire s’aventurer au Pays du Soleil Levant ! Il y a fort à parier que l’idée de cet album est venue à Joann Sfar suite à son voyage dans le cadre du projet Japon (initié par Frédéric Boilet et quelques autres). Comme c’est l’habitude dans cette série, il ne s’agit pas seulement de divertir ; Joann Sfar cherche, par le développement de l’intrigue, a transmettre quelques messages à ses jeunes lecteurs. Cette fois, il est notamment question des affres de la mode et d’un système qui privilégie parfois le développement de la société au détriment de l’épanouissement individuel.

Il s’agit d’une belle réussite : voilà une bande-dessinée jeunesse intelligente qui sait à la fois reconnaître les qualités d’une culture “étrangère” (les premières pages de l’album s’ouvrent sur un hommage à Galaxy Express 999 et Nausicaä) et porter un regard critique dessus (au sens positif du terme).

Dans BoDoï , Albert Uderzo s’explique sur le dernier Astérix

Dans son numéro de décembre, BoDoï donne la parole à Albert Uderzo après la polémique et la pluie de critiques qui ont accompagné la sortie du dernier Astérix. L’interview (réalisée par Jean-Pierre Fuéri et Frédéric Vidal), plus approfondie que l’l’entretien qu’avait retranscrit Lire en novembre, s’étale sur trois pages.

Albert Uderzo y revient sur le cheminement qui l’a conduit à imaginer Le Ciel lui tombe sur la tête : alors que le cinéma et la littérature envisagent souvent l’apparition d’extra-terrestres dans notre quotidien, pourquoi s’interdire de penser qu’ils auraient aussi pu débarquer de par le passé ?
Il évoque aussi les contraintes scénaristiques qui le limitent dans l’écriture du scénario : “prisonnier – dans une prison dorée – d’un tas de paramètres qu'[il] ne peut ni oublier, ni changer“, il est obligé d’insérer, dans chaque album “une bagarre à coups de poissons, un naufrage de pirates, quelques castagnes avec les Romains, etc.

Quand on lui parle de la levée de boucliers qu’a généré la parution des 33e aventures d’Astérix, Albert Uderzo explique avoir le “cuir épais“. Et rappelle, plus loin, que la critique qui, aujourd’hui, porte aux nues René Goscinny n’était pas particulièrement tendre avec lui du temps de son vivant.

Ce qui ressort de cette interview, se sont surtout les lieux communs qu’énonce le dessinateur d’Astérix.
A propos des Américains : “Beaucoup d’Américains […] n’imaginent même pas qu’il existe d’autres pays de l’autre côté des mers“.
A propos du dessin des auteurs japonais : “Les personnages mangas se ressemblent tous, petite bouche et yeux soit tout petits, soit énormes.
A propos des mangas : “Je connais mal le manga. J’en ai acheté quelques-uns dans une librairie de Neuilly. Et je suis tombé par terre en découvrant, parmi les piles d’albums, un cours d’éducation sexuelle. De A à Z ! Et pourtant, à Neuilly, on ne rigole pas avec ce genre de choses. Ca dessale un gosse !

Albert Uderzo précise toutefois qu'”[il] ne crache pas dessus, [il] ne piétine pas“. Son album témoigne donc simplement (mais c’est déjà beaucoup !) d’une méconnaissance manifeste des thèmes et personnes/personnages qu’il caricature.

Voeu pieux : espérons qu’il redresse la barre pour le 34e album que le magazine annonce pour 2009 !

Quelques sorties BD d’importance

Signalons l’arrivée en librairie, cette semaine, de deux beaux albums :

  • d’un côté, le troisième et dernier volume de L’Année du Dragon (intitulé Kim), par Vanyda et François Duprat, aux éditions Carabas. Deux jeunes auteurs talentueux, un scénario très frais, un très bon moment de lecture.
  • de l’autre côté, un poids lourd, le très attendu Blacksad tome 3. Un sublime polar animalier, scénarisé et mis en images par Juan Diaz Canales et Juanjo Guardino.

Comme si cela ne suffisait pas, cette semaine marque la naissance de Bayou, la nouvelle collection BD de Gallimard, dirigée par Joann Sfar (qui signe d’ailleurs l’album Klezmer paru à cette occasion).

Ultime cerise sur le gâteau, Futuropolis nous gratifie d’une parution : Le sourire du clown tome 1, par Brunschwig et Hirn.

Quelques conseils BDs : de jeunes auteurs à découvrir !

Il n’est pas rare que, pour les fêtes, vous offriez des bandes-dessinées à vos proches. Vous n’êtes pas un grand lecteur de BD alors vous avez pris l’habitude de taper dans les classiques : Spirou, Largo Winch, XIII,… Mais, cette année, plutôt que d’arrêter votre choix sur le dernier Astérix – dont vous n’avez pas entendu le plus grand bien -, vous êtes bien décidé à faire preuve d’un peu plus d’originalité. A soutenir les oeuvres de jeunes auteurs pleins d’idées et d’énergie.

Voici quelques pistes :

  • Candélabres, par Algesiras : série en cours, trois tomes déjà parus, le quatrième est attendu pour février 2006. Quelques-unes des forces de Candélabres : la personnalité de ses protagonistes, la fluidité du récit, l’originalité du scénario. Une oeuvre susceptible de plaire à tout type de public. Pour plus de renseignements, se reporter à la critique que j’en avais faite en mars 2003.
  • Les Guerriers du Silence, par Algesiras, Philippe Ogaki et Stéphane Servain : adaptation du roman éponyme de Pierre Bordage, Les Guerriers du Silence fédère différents talents : celui d’Algesiras au scénario, de Philippe Ogaki au dessin et, enfin, de Stéphane Servain à la colorisation. Une lecture fortement recommandée, révélatrice de ce que la nouvelle “garde” des auteurs BD français est capable de proposer. Nul besoin de dire qu’un tel titre comblera tout fan de SF !
    Le deuxième volume sortira au premier trimestre 2006.
  • La Danseuse du Temps, par Illona, Jee-Yun et Jung : Ryu, jeune tokyoïte surmené, décide de passer ses vacances sur une île désertée. Dès son arrivée, il pénètre dans un jardin secret dont aucun homme ne semble jamais être revenu. Là, il va donner vie, sans le vouloir, à la statue d’une étrange danseuse. Une rencontre appelée à rester gravée pour l’éternité. Si Jee-Yun et Jung ont d’autres BDs à leur actif, Illona signe, elle, son premier album. Son dessin, particulièrement prometteur. soutient parfaitement l’ambiance onirique dans laquelle le scénariste a souhaité plonger l’histoire. Le premier tome est disponible depuis septembre, deux autres suivront. Un titre fascinant qui satisfera un large public.
  • La Rose Ecarlate, par Patricia Lyfoung : cette série baigne dans une atmosphère proche de celle des Trois Mousquetaires et autres Versailles no bara (connu sous le nom de Lady Oscar en France). On y suit les aventures de Maud, jeune fille qui, après avoir vu son père assassiné, est partie s’installer chez son grand-père à Paris. Dès lors débute une cohabitation difficile : il souhaite lui enseigner les règles du savoir-vivre, elle veut s’améliorer en escrime, retrouver l’assassin de son père, et éventuellement faire la lumière sur l’identité de son héros, le mystérieux bandit nommé le Renard. La Rose Ecarlate séduira les lectrices, mais pas seulement. Les fans de shôjô mangas et, plus généralement, les personnes en quête d’histoires épiques devraient eux aussi succomber au charme de cet album.

Ce fut un vrai plaisir de rencontrer (ou de revoir), lors des Utopiales 2005, certains des auteurs sus-cités. Car il s’agit de personnes passionnées par leur travail, des personnes qui croient en leurs rêves, qui s’y accrochent en dépit des obstacles et qui finissent par être récompensées (à juste titre !) de leur persévérance.

Explorer des univers musicaux

Via les collègues de boulot : j’ai très récemment découvert Pandora. Il suffit d’entrer le nom d’un chanteur pour que le site propose à l’écoute des titres assez proches en termes de mélodie, rythmique, orchestration, etc. Le but est de permettre d’explorer un style musical, de découvrir de nouveaux artistes.

Et c’est plutôt bluffant. Un projet ambitieux et séduisant.