Biographie de la Faim d’Amélie Nothomb

Alors que Robert des Noms Propres et Antechrista n’avaient pas suscité en moi le même enthousiasme que Le Sabotage Amoureux ou Métaphysique des Tubes, j’ai beaucoup apprécié Biographie de la Faim, le dernier roman en date d’Amélie Nothomb. En voici un petit extrait, dont le propos dépasse, à mon sens, le simple cadre du livre.

J’appartiens à un milieu aisé ; chez moi, on n’a jamais manqué de rien. C’est ce qui me suggère de voir en cette faim une spécificité personnelle : elle n’est pas socialement explicable. Encore faut-il préciser que ma faim est à comprendre en son sens le plus vaste : si ce n’avait été que la faim des aliments, ce n’eût pas été grave. Mais est-ce que cela existe, n’avoir faim que de nourriture ? Existe-t-il une faim du ventre qui ne soit l’indice d’une faim généralisée ? Par faim, j’entends ce manque effroyable de l’être entier, ce vide tenaillant, cette aspiration non tant à l’utopique plénitude qu’à la simple réalité […].
La faim, c’est vouloir. C’est un désir plus large que le désir. Ce n’est pas la volonté, qui est force. Ce n’est pas non plus une faiblesse, car la faim ne connaît pas la passivité. L’affamé est quelqu’un qui cherche. […]
Les êtres nés rassasiés – il y en a beaucoup – ne connaîtront jamais cette angoisse permanente, cette attente active, cette fébrilité, cette misère qui éveille jour et nuit. L’homme se construit à partir de ce qu’il a connu au cours des premiers mois de sa vie : s’il n’a pas éprouvé la faim, il sera l’un de ces étranges élus, ou de ces étranges damnés, qui n’édifieront pas leur existence autour du manque.[…]

Astonishing X-Men, par Joss Whedon et John Cassaday

On sait de longue date que Joss Whedon est un fanboy surdoué. Il en a fait plusieurs fois la preuve à travers la série qui l’a rendue célèbre, Buffy the Vampire Slayer. Il a parfaitement compris ce que les fans étaient en droit d’attendre d’un univers : des recoupements entre différentes intrigues, des personnages qui s’éclipsent, qui reviennent le temps d’un épisode ou pour plus longtemps, qui meurent, etc. La plus brillante illustration en est le Buffyverse. Whedon sait jouer avec les spectateurs. C’est certainement là que réside son succès.

Buffy est pétrie de références à la pop-culture. Dans la saison 6, avec le Trio (qu’on croira longtemps être le big evil de la saison), Whedon s’en donne à coeur joie pour ce qui est d’évoquer le fandom des comics et des grands films américains. Il semblait clair que Whedon ne se contenterait pas de ces petits flirts. Il était évident que le créateur de Buffy serait amené, dans les années à venir, à rentrer, lui aussi, dans la légende du comics.

En 2004, c’est l’effervescence parmi les fans : Marvel a décidé de refondre complètement ses collections autour de X-Men. Et c’est ainsi que voit le jour un projet des plus ambitieux : Astonishing X-Men par Joss Whedon (au scénario) et John Cassaday (au dessin). La série part sur les bases de 12 numéros et une histoire complète.

Premier numéro édité en mai 2004 (aux Etats-Unis seulement, bien malheureusement), premier recueil (rassemblant les trade paper backs 1 à 6) publié en décembre 2004, la fin de la série étant (toujours) prévue pour l’été 2005.

L’histoire débute alors que Cyclops et Emma Frost ont décider de reformer les X-Men. Pour ce faire, ils ont contacté Kitty Pride, Wolverine et le docteur Henry Mc Coy. Mais à peine réapparaissent-ils sur le devant de la scène que les X-Men sont confrontés à deux redoutables dangers. D’une part, un nouvel ennemi très puissant et aux origines mystérieuses, Ord, fait son apparition. D’autre part, les X-Men découvrent à la télévision qu’une éminente scientifique, le docteur Rao, a trouvé un rémède contre le gêne X. La mutation ne serait donc qu’une maladie susceptible d’être soignée. En apprenant cette nouvelle, beaucoup de mutants se mettent à rêver de bénéficier de ce traitement. Et même parmi les X-Men, il n’est pas dit qu’il n’y en ait aucun qui ne partage pas cette aspiration. L’enquête commence. Avec son lot de questions : qui est véritablement Ord ? Comment réagir face à la révolution qu’apporte le Dr. Rao dans le monde des mutants ? Et des interrogations plus pernicieuses : Emma Frost, qui partage désormais son lit avec Scott, est-elle vraiment fiable ? Certains, parmi l’équipe, semblent en douter, à l’instar de la jolie Kitty …

Il me fallait absolument évoquer cette nouvelle déclinaison de l’univers X-Men. Car il s’agit là d’une série susceptible de convaincre jusqu’aux lecteurs habituellement réfractaires aux héros en collants. Le trait de Cassaday est fin, efficace et inspiré. Mais, plus encore, c’est la maîtrise de Whedon au scénario qui impressionne. L’histoire est bien menée, avec son lot de rebondissements, de réapparitions, d’interrogations. Astonishing X-Men réussit l’exploit de s’adresser tout aussi bien aux néophytes qu’aux fidèles lecteurs de Marvel. Ces derniers prendront plaisir à retrouver les clins d’oeil aux précédentes épopées des X-Men que les auteurs ont disséminé dans les pages de cette nouvelle série (à l’instar de cette discussion du premier chapitre dans laquelle Scott explique : “sorry Logan super heroes wear costumes. And, quite frankly, all the black leather is making people nervous“). Bref, Astonishing X-Men est une oeuvre majeure qu’il faut espérer voir bientôt publiée en France afin que le plus grand nombre puisse la découvrir.

L’avenir paraît radieux : Whedon et Cassaday ont été confirmés pour une nouvelle série de 12 numéros d’Astonishing X-Men ; et c’est Whedon qui est chargé de l’adaptation cinématographique de Wonder Woman. Voilà qui promet !

Les Enfoirés, une chance pour les Restos du Coeur

On pourra dire ce que l’on voudra, mettre à l’index les rares artistes qui viennent y faire leur promotion (ils ne sont pas difficiles à débusquer, on ne les voit reparaître dans la bande que lorsqu’ils ont une actualité), critiquer la démagogie de la démarche. Mais, personnellement, cela me réchauffe le coeur de voir, chaque année, tant de personnalités se mobiliser en faveur des Restaurants du Coeur dans le cadre des Enfoirés. Cette union sacrée me paraît être un signal fort. Ce mouvement est pour beaucoup dans la sensibilisation du grand public français à la cause des Restos.

Si je me souviens bien, le premier CD que j’ai acheté était celui de la première tournée des Enfoirés. Un album auquel participaient cinq monuments de la variété française : Véronique Sanson, Johnny Halliday, Michel Sardou, Eddy Mitchell et Jean-Jacques Goldman. Depuis lors, j’ai toujours suivi les Enfoirés, au gré du vent. Si, chaque année depuis que je dispose d’un chéquier, j’envoie un don aux Restos, il y a certainement un lien avec ce rendez-vous musical annuel que je suivais dans ma jeunesse. Avec cette prise de conscience sociale qui m’est venue assez tôt et à laquelle cette émission a contribué.

Les Enfoirés est une manifestation que je prends toujours plaisir à retrouver, une grand-messe qui garantit un espace de visibilité hors du commun aux Restos. Une initiative qui a trouvé un juste équilibre en évitant tout misérabilisme, mais en n’en oubliant pas pour autant de responsabiliser le (télé)spectateur.

Last Days, Kingdom of Heaven

Deux films vus en moins de 24h, l’un très représentatif du cinéma d’auteur, l’autre foncièrement ancré dans la tradition du grand spectacle hollywoodien.

Last Days est consacré aux derniers jours d’une idole du rock. Comme chacun sait, Gus Van Sant s’est librement inspiré de la vie du leader de Nirvana pour sa nouvelle oeuvre. A l’instar du travail effectué sur Gerry et d’Elephant, le réalisateur américain poursuit son travail d’épure. Traduire des faits bruts, sans pathos, voilà ce qui semble être sa principale préoccupation. Les seuls “effets de style” auxquels Van Sant consent résident dans la manière dont il triture la structure narrative de son film : nombreux flashbacks, scènes surlignées par le retour sur certains événements développés plus tôt, etc. Le résultat est très dense … et difficile d’accès. Ce n’est pas Last Days qui devrait convertir les réfractaires aux films d’art et d’essai. Mais ceux qui aiment qu’un film les pousse à réfléchir une fois les lumières des salles obscures rallumées devraient y trouver largement leur compte.

Kingdom of Heaven, lui, focalise sur l’action et l’émotion. Il ne s’agit pas de nourrir la réflexion, mais simplement de divertir. Et Ridley Scott le fait avec une maîtrise certaine. L’intrigue peut sembler basique : un homme ordinaire, simple forgeron, apprend qu’il est le fils d’un chevalier reconnu. En quête d’une seconde vie, il part bientôt pour la ville sainte de Jérusalem. Il y jouera un rôle primordial.
Les ficelles de Kingdom of Heaven sont connues : à ce titre, on pourra s’amuser à lister les points communs entre ce nouveau film et un Gladiator ou un Seigneur des Anneaux (difficile de ne pas comparer le siège de Jérusalem avec la bataille du gouffre de Helm). Mais la sauce prend. Orlando Bloom arrive à dépasser l’étiquette elfique que lui a collé sur la tête la trilogie de Peter Jackson et campe un personnage crédible (même s’il semble mettre bien vite de côté sa vie et ses amours passées). Liam Neeson fait une apparition un peu trop courte. Mais le cast a bénéficié d’un joli travail de fond. Et les moyens suivent. Chaque scène est portée par le souffle épique qu’on vient chercher dans ce type d’histoire. Kingdom of Heaven est donc un long-métrage de pur divertissement qui fait plutôt bien son office.

Deux films radicalement différents, deux visages de ce cinéma que j’aime tant.