Master class de Kazuki Akane sur le ekonte (storyboard japonais) à Japan Expo Sud 2010


La deuxième édition de Japan Expo Sud s’est tenue du 19 au 21 février 2010 à Marseille. Avec Univers partagés, nous étions évidemment présents pour couvrir l’événement. Et puisqu’un des leitmotiv de notre association est le partage, c’est tout naturellement que nous allons inviter nos lecteurs à revivre les temps forts de la manifestation tout au long de la semaine. Retrouvez ici, chaque jour à 12h, un nouvel article sur Japan Expo Sud !

Autre grand nom présent à Japan Expo Sud : Kazuki Akane, réalisateur – excusez du peu – de la série TV et du film d’Escaflowne, mais aussi de Heat Guy J, Noein ou encore Birdy the Mighty Decode. Il a, d’une part, participé à une rencontre-débat avec Satoshi Urushihara et, d’autre part, donné une master class sur l’art du storyboard. Plus exactement, c’était de ekonte dont il était question : le ekonte est un outil typiquement japonais, très proche du storyboard, qui permet de donner des indications précises sur les plans d’un dessin animé, avant sa réalisation effective. Les plans sont décrits de haut en bas, avec des indications sur la durée et le nombre d’images de chacun.  

L’élaboration du ekonte débute lorsque l’écriture du scénario est terminée. Le ekonte permet de décrire tout ce qu’il est difficile de décrire avec des mots, telles la narration et la succession des plans. Pour Kazuki Akane, l’un des rôles fondamentaux du ekonte est de nourrir l’imagination des animateurs. C’est pourquoi il recommande de ne pas réaliser des ekonte trop propres ou détaillés. L’important, à cette étape, est de faire passer une intention et des sentiments. Une fois le ekonte dévoilé à l’équipe de production, chaque animateur peut choisir les scènes qui lui plaisent le plus. Ce qui permet de répartir le travail harmonieusement entre les différents intervenants.

Le ekonte est l’outil du réalisateur pour imposer sa vision de l’histoire aux animateurs. Kazuki Akane se situe dans la droite lignée de Yoshiyuki Tomino (créateur et réalisateur de Gundam) en préconisant de ne pas trop détailler l’ekonte et d’ainsi laisser une marge de liberté aux animateurs. Mais certains réalisateurs préfèrent, au contraire, exercer un contrôle rigoureux du travail des animateurs. C’est le cas de Hayao Miyazaki qui élabore des ekonte très détaillés : il demande ensuite à ses collaborateurs d’y rester fidèles et de ne pas en dériver.

Arrivé à ce stade de son discours, Kazuki Akane met en avant l’importance du ekonte dans la production animée, en opposition à la préparation d’un film avec des acteurs. Pour un tournage “live“, les prises sont souvent nombreuses et, souvent, des plans sont tournés puis abandonnés lors du montage. Ce n’est évidemment pas possible en animation. Le ekonte permet donc d’avoir une vision claire sur les plans à animer, en évitant toute production superflue !

Comme nous l’avons évoqué auparavant, le ekonte diffère du storyboard classique en ce qu’il intègre des informations sur la durée et le nombre d’images de chaque plan. Ce qui implique, pour la personne en charge du ekonte, d’avoir une bonne perception du rythme de l’histoire.
Kazuki Akane a alors mis l’accent sur sa propre démarche artistique. En ce qui le concerne, il réalise une première version du ekonte sans aucune donnée temporelle. Il s’interroge alors sur le bon rythme et réfléchit au temps nécessaire pour chaque plan. Très souvent, la bande originale est créée avant la production de l’animation, ce qui lui permet de finaliser le ekonte en mettant la musique en fond sonore et en prenant des repères sur celle-ci. M. Akane aime utiliser la musique pour exprimer des émotions non visibles. Par exemple, il n’hésite pas à recourir à une composition mélancolique pour un personnage en apparence joyeux : le contraste permet alors de traduire des tourments intérieurs.  

Kazuki Akane ajoute alors que, dans cette phase, il apporte souvent des modifications à son ekonte. Il lui arrive même de supprimer certaines séquences ! C’est une autre des raisons pour lesquelles il conseille de ne pas trop soigner les dessins portés sur le ekonte. Car un ekonte trop détaillé peut inciter à ne pas faire de retouches dessus. Or il ne faut avoir aucun scrupule à effectuer des modifications, voire à abandonner des scènes… et ce, avant que les animateurs commencent leur labeur. 

Le ekonte constitue donc une étape cruciale dans la production d’un dessin animé. Dans le cadre d’un épisode de 20 minutes de série télévisée, le ekonte s’étale généralement sur 120 pages et prend 3 semaines à être finalisé. Dans le cadre d’un film tel qu’Escaflowne, il est indispensable de compter entre 4 et 6 mois de travail sur ce seul document ! En termes de gestion de la production, le ekonte de tous les épisodes d’une série n’est généralement pas terminé lorsque l’œuvre est lancée à la télévision. En fait, le ekonte du premier épisode est terminé, au plus tard, 6 mois avant sa programmation à la TV. La production rejoint progressivement la diffusion, de sorte que les retards éventuels sont de plus en plus pénalisants… Kazuki Akane avoue que sa pire expérience en la matière est d’avoir terminé un ekonte 3 semaines avant la diffusion ! Mais il reste, quoiqu’il arrive, très attaché à la conception de ce document, comme le montre la vidéo suivante.

L’essor du numérique va-t-il sonner le glas pour le ekonte ? Kazuki Akane ne le pense pas. Même si les techniques évoluent, le ekonte reste au coeur de la préparation d’un dessin animé. Il nécessite juste quelques adaptations. Il en va ainsi des réalisations 3D, pour lesquelles le ekonte doit simplement intégrer une information supplémentaire : la position de la caméra dans l’univers 3D. Kazuki Akane se dit d’ailleurs très intéressé par les effets rendus possibles par cette “caméra numérique“. Un sujet sur lequel il se penche actuellement avec plusieurs de ses collègues réalisateurs. Nul doute que nous pourrons découvrir les conséquences de cette réflexion dans une prochaine œuvre !

Pour aller plus loin :

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