Il fera beau demain, de François Duprat

Couverture de Il fera beau demain, de François DupratCela fait maintenant plus d’un an que le héros d’Il fera beau demain voit toutes les gouttes de pluie se détourner systématiquement de lui. Quoiqu’il fasse, l’eau se dérobe à son approche. Que faire d’un super pouvoir qui vous maintient ainsi au sec en toutes circonstances ? Devenir Anti-Pluieman et aider les petites vieilles à faire leurs courses sans se faire tremper ! Une activité qui n’apporte toutefois aucun éclairage sur les origines d’une telle capacité… peut-être que la clef est à chercher du côté de cette jeune fille qui passe son temps à danser sous la pluie.

François Duprat signe une bande dessinée au goût doux-amer autour de l’insensibilité, de la solitude et des carapaces qu’on endosse pour mieux faire face aux épreuves de la vie. Le résultat, sans confiner au chef d’œuvre est une sympathique découverte hivernale. Derrière le vernis de personnages banals – parfois trop peu approfondis – se cachent des fêlures plus profondes. Un récit initiatique pour trentenaires mal dans leur peau… voilà une des lectures possibles de cette BD. En la refermant, reste le souvenir des cases touchées par une grâce rare, celles représentant les pas de danse de cette Esmeralda des temps modernes qu’est l’héroïne. Des moments privilégiés qui ramènent le lecteur à son propre rapport à la liberté.

Il fera beau demain, par François Duprat
Récit complet en un tome
Genre : quête de soi
À partir de 14 ans
Éditeur : Carabas

Mon avis : Pourquoi pas ?

Suzuka T.1, de Kouji Seo

Couverture du premier tome de Suzuka de Kouji SeoSuzuka fait partie de ces innombrables comédies romantiques dont les adolescents japonais (mais aussi français) raffolent. Le manga décrit le quotidien d’un groupe de lycéens dont les principales pensées tournent autour de leurs préoccupations sentimentales. Yamato Akitsuki est venu de la campagne pour étudier dans un lycée tokyoite. Il loge dans la pension que tient sa tante, une pension où, excepté lui, ne vivent que de belles jeunes filles. À commencer par sa voisine de chambre, la mignonne Suzuka. Celle-ci s’entraîne quotidiennement pour devenir une championne d’athlétisme. Pour tenir des objectifs aussi élevés, il faut avoir un caractère bien trempé… ce qui n’empêche pas d’avoir quelques failles et de parfois chercher une épaule sur laquelle se reposer. Et si Yamato était le garçon qu’il fallait pour Suzuka ?

Ce n’est certainement pas par son scénario ultra-classique que ce manga de Kouji Seo se distingue. Mais plus par ses dessins, très maîtrisés et dynamiques, qui plongent véritablement le lecteur dans cette vie à la nipponne. Il se dégage de Suzuka un parfum qui rappellera des souvenirs à tous ceux que Masakazu Katsura a fait rêver, dans les années 90, avec Video Girl Ai.

Suzuka est donc un titre à réserver à ceux qui aiment les triangles (voire les carrés) amoureux ou qui souhaitent simplement s’immerger dans une ambiance typiquement japonaise.

Suzuka T.1, par Kouji Seo
Série en cours (5 tomes parus en France, 18 au Japon)
Genre : comédie romantique
À partir de 14 ans
Éditeur : Pika

Mon avis : Pourquoi pas ?

La Belle et la Bête, de Patrick Sobral

Couverture de La Belle et la Bête de Patrick SobralPatrick Sobral laisse momentanément de côté la série qui fait son succès, Les Légendaires, pour donner naissance à une histoire plus sombre et adulte. La Belle et la Bête propose une interprétation nouvelle du conte éponyme, en le transposant dans un univers fondamentalement fantastique.

Dans un village touché de plein fouet par la stérilité de nombreuses terres, un sorcier se prétend capable de créer un artefact susceptible d’aborder l’abondance de récoltes. Mais rien ne se passe comme prévu : le sorcier est tué par une mystérieuse et redoutable bête qui est apparue, soit disant pour protéger la forêt. Nul bataillon de soldats ne semble être suffisamment aguerri pour faire le poids. Dès lors, le petit village prépare un nouveau stratagème. Et le temps passe. Jusqu’à ce jour où la Bête décide d’épargner la jeune et jolie Bellyana. Celle-ci paraît appelée à jouer un grand rôle dans la tragédie en cours depuis plus de dix ans.

Avec cette nouvelle œuvre en un tome, Patrick Sobral s’attaque à un genre plus dur et adulte que ce qu’il a créé jusqu’alors. Pour l’occasion, il arbore un style plus classique, plus européen, sans renier pour autant ses influences japonaises. L’ensemble est harmonieux et convainquant, à quelques petites maladresses près.

Niveau scénario, l’auteur sait éviter les faux suspenses, ce qui permet à l’intrigue d’aller à l’essentiel. Cette qualité mérite d’être soulignée tant l’exercice de l’adaptation d’un classique de la littérature est délicat. Patrick Sobral construit une histoire dynamique, sans temps mort. Au-delà des révélations que réserve le scénario (et qui sont toutes relativement prévisibles), c’est surtout la conclusion du récit (et le lien qui unit Bellyana et la Bête) qui suscites moultes interrogations.

Avec cet album, Patrick Sobral laisse momentanément de côté les jeunes pour s’adresser à un public plus mâture. Un pari réussi, tant par les modifications qu’il apporte à son dessin, que par les thématiques abordées. Et même si la fin ne fait pas l’unanimité (n’y a-t-il donc pas de moyen pour surpasser le destin ?), La Belle et la Bête constitue une jolie BD pour adolescents et adultes.

La Belle et la Bête, par Patrick Sobral
Récit complet en un tome
Genre : aventure
À partir de 13 ans
Éditeur : Delcourt

Mon avis : Recommandé

Sasameke T.1, de Gotsubo Ryuji

Couverture du premier tome de Sasameke de Gotsubo RyujiComment concilier ses passions avec les obligations du quotidien ? Est-il raisonnable de ne vouloir vivre que pour elles ? Nombreux sont les lycéens face à ce genre de questionnements. Les héros de Sasameke ne font pas exception. Rakuichi, jeune prodige du football, est parti 3 ans en Italie. Mais, découragé, il a finalement choisi de rentrer au Japon et d’arrêter le ballon rond. Seulement, il va être rattrapé par son passé et sa réputation : car l’équipe de foot de l’établissement mise beaucoup d’espoirs sur lui. Il commence par ne vouloir rien en savoir. Ce qu’il ne sait alors pas, c’est que ses camarades sont presque aussi têtus que lui. Et bientôt Rakuichi se retrouve de nouveau sur le terrain. Quelle place ce sport auquel il a tant donné va-t-il prendre dans sa vie ?

Force est de reconnaître que le synopsis de Sasameke ne brille pas par son originalité. Malgré cela, ce manga se distingue du reste de la production grâce à son trait et aux jeux sur les noirs et blancs. L’attention portée à la forme des visages – parfois au mépris des décors – constitue un parti-pris rare dans un manga destiné aux adolescents. On est vite tenté de faire le rapprochement avec le style d’Hiroyuki Asada, le créateur de la très bonne série I’ll. Gotsubo Ryuji et lui semblent avoir en commun non seulement une certaine filiation graphique, mais aussi la volonté de créer un manga de sport où les émotions humaines priment sur les enjeux de la compétition. Ne vous attendez donc pas aux excès d’Olive et Tom lorsque vous ouvrirez Sasameke, vous risqueriez d’être déçus ! L’intérêt de ce premier tome réside avant tout dans les personnages hauts en couleurs que dépeint le mangaka : des individus attachants dont on attend impatiemment de suivre la suite des aventures.

Sasameke T.1, par Gotsubo Ryuji
Série terminée en 5 tomes (1 tome paru en France)
Genre : Sport, humour et vie quotidienne
À partir de 13 ans
Éditeur : Glénat

Mon avis : Chaudement recommandé !

Le Combat Ordinaire T.4, de Manu Larcenet

Couverture du 4e tome du Combat Ordinaire de Manu LarcenetQuand on ferme ce quatrième volume du Combat Ordinaire, on doit se rendre à l’évidence : voilà, c’est fini ! C’était la dernière fois que nous passions du temps en compagnie de Marco. Que nous le suivions dans cette éternelle quête de compréhension de l’esprit humain. Que nous rugissions devant certaines de ses décisions ou prises de positions. Que, tout simplement, nous regardions l’univers avec lui. Que nous questionnions le monde comme nous le ferions avec un vieil ami. L’ultime tome de la série phare de Manu Larcenet étant paru, nous allons désormais continuer seuls notre route. Forts des réflexions que cette œuvre aura suscité en nous.

Il n’y a pas de bande dessinée que j’ai lu et relu plus souvent que Le Combat Ordinaire. Ces albums m’auront accompagné durant toute ma vie de jeune adulte. Mes interrogations auront trouvé écho dans ces livres. Jusqu’à un point assez effrayant, puisque le hasard aura voulu que mon père disparaisse peu après celui du personnage principal dans la BD.
Dire que j’attendais avec impatience la conclusion de cette série est un euphémisme.

Ce quatrième tome surprend dès sa première planche. Le saut temporel entre la fin du précédent volume et celui-ci décontenance. Mais nous en comprenons rapidement la portée : Marco a changé, il a mûri. À bien y réfléchir, tout ceci était évident : les bases de sa métamorphose ont été posées dans les trois opus précédents. Le premier voyait Marco envisager enfin sérieusement une vie stable à deux (avec toute l’angoisse que cela générait en lui). Le second le montrait aux prises avec la difficulté de se réaliser professionnellement parlant tandis que, dans le troisième, il soldait ses comptes avec ses démons et se replaçait dans la marche du monde. Le quatrième et dernier tome ne pouvait donc que nous présenter un Marco plus serein (ses crises d’angoisse semblent avoir disparu), qui tente de vivre à son échelle – sans illusions mais sans cynisme – , de ne rien manquer des instants précieux que l’existence lui offre.

L’auteur conclut ainsi merveilleusement un titre qui aura marqué durablement des milliers de lecteurs. La maîtrise du trait – plus habile que jamais pour suggérer la force de chaque situation (vous ai-je dit qu’Émilie est sans doute la plus belle femme jamais représentée dans une BD ?) – se conjugue avec un scénario exigeant. Ce sans-faute couronne une œuvre majeure, intelligente et profondément humaine. Une fin à la hauteur et une série tout bonnement incontournable !

Le Combat Ordinaire T.4, Planter des Clous, par Manu Larcenet
Série (terminée) en 4 volumes
Genre : quête de soi, réflexion politique (au sens étymologique du terme)
À partir de 14 ans
Éditeur : Dargaud

Mon avis : Indispensable !