Martha Jane Cannary, de Matthieu Blanchin et Christian Perrissin

Couverture du premier tome de Martha Jane CannaryÀ partir de livres retraçant le parcours de Calamity Jane, les auteurs proposent leur biographie du personnage. Pas facile de s’attaquer à ce genre de figure “mythique”, surtout quand la fiction et la réalité s’entremêlent tant qu’il est délicat de distinguer le vrai du faux. Le trait s’efface devant l’histoire et c’est surtout l’efficacité du récit qui est ici privilégiée. Dommage que l’ensemble peine à décoller dans ce premier volume, donnant la sensation que le lecteur suit toujours de (trop) loin les pérégrinations de l’héroïne à travers les terres encore hostiles de l’Amérique.

Martha Jane Cannary Tome 1 – Les années 1852-1869, par Matthieu Blanchin et Christian Perrissin
Série (en cours) : un seul tome paru pour le moment
Genre : biographie romancée
À partir de 14 ans
Éditeur : Futuropolis

Mon avis : Pourquoi pas ?

Un Gentil Garçon, de Shin’ichi Abe

Couverture de Un Gentil GarçonLes gekiga (littéralement “dessins dramatiques”, il s’agit là de mangas traitant de sujets de société avec une vision réaliste, sans fards) constituent un genre de BD souvent méconnu par le public. C’est d’autant plus dommage que ces oeuvres sont bien souvent d’une grande utilité pour mieux comprendre la civilisation asiatique. Le Festival BD d’Angoulême a choisi de les un peu mettre en avant en sélectionnant Un Gentil Garçon pour le Prix du Patrimoine 2008. Une lecture pas évidente par rapport aux mangas “classiques”, qui déstabilise comme le font certains films d’art et essai comparés au cinéma grand public. Le jeu en vaut toutefois la chandelle tant cet album propose une autre voie dans la représentation de trajectoires et de vécus très personnels. Shin’ichi Abe dote ses nouvelles autobiographiques (toutes, sauf une, se tiennent dans les années 70, à l’époque où elles ont été publiées) d’une narration surprenante, bien différente des mécanismes auxquels nous sommes habitués. Par ses ellipses (un mécanisme finalement peu répandu dans la BD japonaise), il force le lecteur à opérer une lecture active et à s’interroger sur la portée de chaque case.
Mention spéciale à l’éditeur français, Cornélius, pour l’analyse (bienvenue) des différents récits figurant en fin d’ouvrage.

Un Gentil Garçon, par Shin’ichi Abe
One-shot
Genre : autobiographie
À partir de 16 ans
Éditeur : Cornélius

La Mère des Victoires, de Enrique Fernández

Couverture de La Mère des VictoiresC’est en regardant les sélections BD des Utopiales que je m’étais rendu compte que je lisais peu de bandes dessinées de science-fiction françaises. Celle-ci fait donc exception. Et s’avère être une lecture très hétéroclite : certaines très bonnes idées (à l’instar de la narration qui se partage sur deux événements mis en parallèle lorsque le persnnage principal, Raijuro, décide de s’attaquer à un blindé à coup de katana), quelques planches fort bien découpées… et aussi des éléments un peu moins réussis, à l’instar de certains visages ou des gouttes d’expression dessinées sur les véhicules militaires (comme si l’équipage faisait entièrement corps avec eux). Restent une intrigue bien menée, des personnages au fort caractère et un trait très reconnaissable (l’auteur a auparavant signé une belle adaptation du Magicien d’Oz) qu’on n’imaginait pas convenir aussi bien à une oeuvre d'”action”. Un agréable divertissement de début d’année.

La Mère des Victoires, par Enrique Fernández
One-shot
Genre : science-fiction
À partir de 15 ans
Éditeur : Delcourt
Collection Neopolis

Mon avis : Recommandé

Animation japonaise et vidéo à la demande : les prémisses ?

L’éditeur d’anime Kaze se lance dans la diffusion en ligne d’oeuvres dont il possède les droits. Pour le moment, il ne s’agit que d’une opération promotionnelle visant à mettre sous le feu des projecteurs Coyote Ragtime Show dont le premier coffret DVD vient de sortir : c’est ainsi que le premier épisode en version française de ce titre est disponible légalement sur YouTube.

Cette initiative, qui en appelle d’autres, ouvrira peut-être la voie à une offre légale de séries animées téléchargeables (mises en lignes rapidement) sur Internet. Ce qui apparaît, à mon sens, comme un moyen de lutter contre le piratage massif des oeuvres.

Saluons cette démarche qui traduit une évolution, de la part de cet éditeur (et plus généralement des acteurs du marché de l’animation japonaise en France), dans la prise en compte d’Internet comme support de distribution : le réseau n’est donc plus vu uniquement comme le repère de pirates de tout poil, il recèle un potentiel commercial. Mine de rien, c’était un pas important à franchir (que d’autres, en animation mondiale, avaient franchi depuis longtemps ; mais mieux vaut tard que jamais) !

La Mécanique du Coeur, de Mathias Malzieu et Dionysos

Les démarches mêlant genres, influences et moyens artistiques sont toujours risquées. Mais quand la sauce prend, la réussite n’en est généralement que plus éclatante. Et c’est justement le cas du nouveau projet de Mathias Malzieu et de son groupe.

Pour tout dire, je n’ai jamais été un grand fan de Dionysos. Ce n’est pas faute d’avoir essayé : j’ai écouté leurs albums avec beaucoup d’attention, j’ai même assisté à un de leurs concerts lors de la tournée consacrée à Western sous la neige. Si je restais relativement hermétique à leurs compositions, je découvrais avec beaucoup d’intérêt Mathias Malzieu et son rapport à l’écriture. C’est par un roman – Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi – que j’ai commencé à mieux appréhender l’univers du chanteur. En cet automne 2007, il confirme tout le bien que je pensais de lui. Et je commence à percevoir Dionysos différemment.

La Mécanique du Coeur, c’est d’abord un livre. Ou un CD. Ou un clip. Une fois plongé dans cet univers, on ne sait plus très bien quel était le medium d’origine. Tant mieux, car c’est une belle preuve de la cohérence de l’ensemble ! Mais, avant tout, La Mécanique du Coeur est une histoire : celle de Jack qui naît en 1874 à Édimbourg, le jour le plus froid du monde. Son coeur en reste gelé. Madeleine, la sage-femme qui aide à l’accouchement, est de fait obligée de remplacer cet organe défectueux par une horloge. Procédé risqué qui assure à Jack de vivre tant qu’il ne s’exposera pas à des émotions fortes. En particulier, l’amour lui sera interdit.
Mais la maîtrise des sentiments n’est jamais chose facile. Et l’âme de Jack s’emballe pour une charmante chanteuse andalouse, Miss Acacia, dont il croise inopinément la route. Jusqu’où pourra-t-il aller pour vivre sa passion ?

D’abord protégé par Madeleine, Jack ne saura se conformer toute son existence aux recommandations de sa mère d’adoption. Il tombe amoureux et expérimente de nouvelles sensations : tour à tour timide, exalté ou simplement curieux, il s’ouvre à l’amour comme au monde. Délicieux conte mêlant poésie, idéaux mais aussi réalisme, La Mécanique du Coeur est une parabole sur l’amour.

L’idée géniale sous-jacente à l’album éponyme, c’est de l’avoir considéré comme une bande-originale et même plus : comme un film sonore adapté du livre. Qui dit film, dit acteurs. Ici, ce sont des invités (de grande qualité) qui jouent chacun un rôle. La distribution fait rêver tant elle est parfaite : Emily Loizeau est le Docteur Madeleine, Arthur H le clochard Arthur, Olivia Ruiz incarne Miss Acacia, Grand Corps Malade le méchant Joe, Alain Bashung Jack l’Éventreur, Éric Cantona Jack devenu grand. Les timbres de voix identifient instantanément chacun des protagonistes. Un mot, voire un souffle, suffisent pour que les personnages prennent vie.

On ferait une erreur à établir une filiation trop approfondie entre le monde de Mathias Malzieu et celui de Tim Burton. Si le Français a été bercé par l’imaginaire du réalisateur américain (jusqu’au prénom de son héros, Jack, qui n’est pas sans rappeler le personnage principal The Night before Christmas), il va au-delà de la simple inspiration. Il signe une oeuvre très personnelle, au-delà du seul champ de la littérature ou de la musique. La Mécanique du Coeur fait battre le mien à de nouveaux rythmes. Une bouffée d’air frais que je recommande à tous !

Terminons ce billet par quelques liens pour approfondir la découverte :