Le Japon vu par 17 auteurs : un beau travail collectif

Signalons la parution, cette semaine, aux éditions Casterman d’un ouvrage que j’ai dévoré ce week-end : Japon (sous-titré “Le Japon vu par 17 auteurs“) rassemble le récit que neufs auteurs européens ont fait de leur séjour dans l’Archipel et la vision que huit auteurs japonais ont souhaité donner de leur pays.

Ce projet, initié par les instituts et alliances françaises du Japon, sous la houlette de Frédéric Boilet et Masanao Amano, a permis à chaque participant français de passer un séjour dans une ville différente : Nicolas de Crécy à Nagoya, Fabrice Neaud à Sendaï, Emmanuel Guibert à Kyôto, Etienne Davodeau à Sapporo,… C’est une bien belle brochette d’auteurs que l’on retrouve là. Les Japonais ne sont pas en reste, avec Taiyô Matsumoto, Jirô Taniguchi, Kan Takahama, Daisuke Igarashi, etc.

Un projet transversal enthousiasmant, un bel ouvrage respectueux du Japon et de ses habitants. L’ouverture d’esprit qui a présidé à la réalisation de ce livre est de celle qui permet de dresser des ponts entre les cultures. En espérant que de telles démarches donnent naissance à des collaborations et influences réciproques profitables, tant dans la bande-dessinée francophone que japonaise.

Scoop : des personnes séduites par le dernier Astérix existeraient ?!

Un mensuel a choisi de prendre le contre-pied du reste de la critique quant au dernier Astérix et parle du Ciel lui tombe sur la tête en des termes dithyrambiques : à en croire le magazine en question, les nouvelles aventures du petit Gaulois seraient “drôles, inventives, parodiques“. L’article est accompagné d’une interview dans laquelle Albert Uderzo revient sur sa démarche. Au journaliste qui lui demande ce que René Goscinny aurait pensé de ce nouvel album, il répond :

Il m’aurait sans doute dit : “t’es vachement culotté !” Je crois qu’il aurait été surpris car j’ai osé outrepasser, volontairement, les codes d’Astérix tout en conservant l’esprit de la série. J’ai eu envie de dessiner des Américains et des Japonais, de rendre hommage à la BD américaine telle que Walt Disney l’a faite et aux mangas tels qu’ils nous envahissent.[…]

C’est en page 24 du Lire de novembre (en kiosques depuis ce matin) que cela se passe.

Retour sur Astérix et ce ciel qui lui est tombé sur la tête

Ma chronique du dernier album d’Astérix m’a valu le plus gros retour que j’ai jamais eu sur un article publié sur Hemisphair : nombreuses reprises du texte sur tout type de forums (dédiés ou non à la bande-dessinée), commentaires assez abondants, liens effectués à partir d’autres blogs. Les réactions face à cette critique sont majoritairement positives.

Quelques personnes me reprochent toutefois une analyse parfois caricaturale et interprètent plus ou moins bien mon propos :

L’auteur de cet article en rajoute dans le dramatique, et semble découvrir aujourd’hui que les Asterix sont sur la pente descendante depuis la mort de Goscinny. Et puis bon, allons-y doucement avec les “réac”, c’est pas non plus Mein Kampf cette BD.

A la lecture de cette remarque, j’ai jugé utile de mettre en gras les mots “entre les cultures” dans la phrase “Ce n’est pas en attisant l’opposition entre les cultures qu’on favorise la tolérance et l’ouverture d’esprit.” Je ne souhaitais effectivement pas me prêter à des conclusions hâtives sur l’état d’esprit dans lequel Uderzo a donné naissance à Le ciel lui tombe sur la tête : si l’album se prête à un second niveau de lecture, cela ne concerne effectivement pas sur une opposition entre les peuples.

Mais d’abord, il convient d’évacuer une question que Le Briographe soulève à juste titre : Uderzo n’est-il pas simplement “premier degré” ? J’ai moi aussi tendance à me rallier à cette hypothèse quant à la lecture “ethnique” de l’album. Il me paraît déplacé de conclure, à la lecture de ce 33e opus d’Astérix, qu’Uderzo aime les Américains et méprise les Japonais. Un bref retour sur les précédents Astérix et les caricatures auxquels les auteurs s’adonnaient parfois aide à le confirmer. Je rejoins donc Brio sur ce point.

Là où nos avis divergent, c’est sur l’interprétation “culturelle” de ce titre. Brio estime que “voir dans cette histoire une diatribe anti-Japon, c’est sans doute prêter à Uderzo plus de subtilité qu’il n’en a“. J’en profite pour préciser à nouveau que je ne crois pas à une attaque contre le Japon, mais plutôt contre la production culturelle du Pays du Soleil Levant. C’est-à-dire ses thématiques, son mode de fonctionnement.

Peut-être Uderzo n’avait-il aucune de ces arrières-pensées lors de l’écriture de cet album ? Seulement, même si le message qu’il souhaitait délivrer était véritablement autre, il y a un problème : car – c’est un fait – la stupéfaction qui fut la mienne en découvrant le scénario, d’autres l’ont eux aussi ressenti. Et, dans ce cas, il devient évident que Le ciel lui tombe sur la tête a été mal compris… et l’auteur a sa part de responsabilité.

Que l’intrigue présente les Tadsylwiens comme un peuple amical, à l’opposé des vils Nagmas, soit ! A ce stade, on pourrait encore imaginer qu’Uderzo a simplement souhaité caricaturer le marché mondial de la bande-dessinée. Mais ce qui m’a certainement le plus déconcerté, c’est la post-face. Cette dédicace qu’Uderzo a ressenti le besoin d’écrire pour indiquer qu’il souhaitait rendre hommage au “grand Walt Disney”. Une manière, selon moi, de “choisir son camp” dans le conflit dépeint tout au long du scénario. Et de revenir à une opposition surannée entre un certain artisanat artistique (le Walt Disney des débuts) et une production plus “puissante” – mais soi-disant moins aboutie (les fameuses “japoniaiseries” des années 80-90).

Il est désormais temps de passer à autre chose : les lecteurs de BD, occasionnels ou réguliers, méritent mieux que cet Astérix.

Dig!, de Ondi Timoner

Je poursuis mes considérations musicales en saluant la sortie d’un autre DVD : celui du film Dig! qui a reçu le Grand Prix du Documentaire du Festival de Sundance 2004.

Dig! suit le parcours de deux groupes de la scène indépendante américaine : d’un côté les Brian Jonestown Massacre menés par Anton Newcombe, de l’autre les Dandy Warhols de Courtney Taylor. A leurs débuts, les deux groupes, qui partageaient une énergie et des idéaux communs, se vouaient une admiration réciproque. Dans l’introduction du film, Coutney Taylor explique qu’Anton Newcombe est “le musicien le plus démentiel, le plus doué [qu’il ait] connu, [son] ami, [son] ennemi, [sa] grande inspiration, [son] grand regret“. Mais là où les Dandy Warhols acceptèrent de moduler leur discours afin d’élargir leur public, Anton Newcombe ne fit aucune concession. Ce sont ces trajectoires croisées qu’Ondi Timoner a souhaité mettre en avant.

On peut reprocher au réalisateur certains parti-pris. Les Brian Jonestown Massacre sont présentés comme un groupe maudit, au talent incommensurable jamais reconnu à sa juste valeur. De tels louanges sont-ils pleinement justifiés ? S’il est une certitude, c’est que la sortie de Dig! n’a pas généré un véritable phénomène de masse en faveur du groupe. Jim Jarmusch a bien inséré un titre des Brian Jonestown Massacre sur la bande-originale de son excellent Broken Flowers, cela ne constitue pas une confirmation recevable du génie présumé d’Anton Newcombe. Dans le même genre d’exagérations narratives, citons les excès (usage de stupéfiants, comportement violent) de certains musiciens auxquels Ondi Timoner a certainement donné plus d’importance que de raison. Il faut dire que la dépravation est un impératif dès qu’on touche à la mythologie du rock’n roll.
Malgré ses petites faiblesses – inhérentes, semble-t-il, au type même de documentaire qu’ont souhaité faire les auteurs du film (les personnages réels deviennent les protagonistes d’une histoire qu’il convient de “romancer” à certaines occasions) -, Dig! est un long-métrage passionnant sur la scène indépendante américaine. De la bonne musique, un montage nerveux et un sujet passionnant… voilà quelques-uns des éléments qui font de cette oeuvre un incontournable pour les amateurs de rock !

Marianne Faithfull, une grande dame de la scène musicale mondiale

A la lecture de ma chronique du dernier Astérix, certains pourraient s’inquiéter de me voir entamer une reconversion surprenante, “tueur” de préretraités. Il n’en est rien. Ce billet, dédié à l’incontournable Marianne Faithfull, devrait le prouver.

Si Marianne Faithfull n’est âgée que de 58 ans, elle compte déjà 40 ans de carrière. Son parcours débute en 1964, quand elle passe sous le feu des projecteurs grâce à la chanson As Tears Go By (co-signée par Mick Jagger et Keith Richards). Les succès s’enchaînent jusqu’au jour où sa vie privée commence à occulter son travail d’artiste. Elle se sépare de Mick Jagger, s’adonne aux drogues dures. La traversée du désert dure plusieurs années. Elle signe son grand retour en 1979 avec l’album Broken English. La voix a beaucoup changé depuis l’époque des débuts, contrepartie d’une trajectoire tumultueuse.
Deux décennies plus tard, Marianne Faithfull est toujours là et impose le respect. Elle est une des personnalités les plus charismatiques de la scène musicale mondiale. Son dernier album studio en date, Before the Poison, réunit quelques-uns de ses “héritiers”, à l’instar de PJ Harvey et Nick Cave. Au cours de sa carrière, Marianne Faithfull aura eu la chance de travailler avec les plus grands noms du rock ; ce n’est certainement pas par hasard !

En concert, Marianne Faithfull dégage cette “aura” propre aux plus grands. Ses interprétations sont d’une richesse et sincérité évidentes. C’est ce chacun peut constater sur le récent DVD/CD qui lui a été consacré. Le DVD contient la vidéo d’un concert enregistré à Hollywood au printemps 2005 ainsi qu’une interview pendant laquelle l’égérie des années 60 revient sur son parcours. Le CD, quant à lui, propose une sélection des titres chantés lors de ce spectacle.

Au cours de ce live, Marianne Faithfull interprète des morceaux de son dernier album (The Mystery of Love, No Child of Mine, Crazy Love, …) ainsi que des classiques tels que Trouble in Mind, Broken English ou Sister Morphine. Comment ne pas ressentir de frisson lorsqu’elle entonne Falling from Grace ou Why D’ya Do It ? Comment ne pas être frappé devant l’écho que peuvent avoir encore aujourd’hui des chansons écrites vingt ou trente ans plus tôt ? C’est par exemple le cas de ce fameux Working Class Hero qui, aujourd’hui, parle des Etats-Unis et de la guerre en Irak.

L’ensemble forme un parfait point d’entrée à l’univers de cette grande dame du rock.

Ah, si seulement les nouvelles petites rockeuses dont les maisons de disque nous abreuvent pouvaient n’avoir que le quart du talent et de la classe de Marianne Faithfull…