Concert de Stéphanie Blanchoud à la Bouche d’Air

Agréable concert de Stéphanie Blanchoud, hier soir, à La Bouche d’Air.

Stéphanie Blanchoud est une jeune comédienne et chanteuse belge. J’ai découvert son univers musical un peu par hasard, en septembre dernier, alors que je compulsais les programmes des principales salles de spectacle de Nantes. J’ai trouvé la sensibilité et l’humour de ses textes intéressants, dans la lignée de cette chanson française que j’aime écouter.
La configuration dans laquelle elle se produisait hier est typique de cette proximité et intimité que peuvent installer sur scène des artistes encore peu connus. Devant moins d’une centaine de personnes avec pour seul accompagnement un piano, Stéphanie Blanchoud a offert une représentation très divertissante. Sa voix, conjuguée avec l’expressivité de son regard, témoigne de l’expérience qu’elle a acquis via son travail de comédienne.

J’apprécie décidément beaucoup cette atmosphère “piano-bar” qu’offre la petite salle de La Bouche d’Air (dans laquelle Le Pannonica a lui aussi trouvé résidence depuis longtemps).

2008 Vallée, de Philippe Katerine et Mathilde Monnier

2008 Vallée bénéficiait, en ce mois de février, de trois représentations au Lieu Unique de Nantes. Une création de et avec Mathilde Monnier (chorégraphe adepte de collaborations originales) et Philippe Katerine (chanteur atypique, connu pour les expérimentations auxquels s’adonne sur ses albums ; le dernier en date, Robots après tout, lui a valu une certaine reconnaissance populaire notamment grâce au titre Louxor j’adore, diffusé jusque dans la StarAc [ou la rencontre des contraires]).
Présentation du spectacle issue du dossier de presse :

2008 vallée est une extrapolation autour des textes et des musiques du dernier disque « Robots après tout » de Katerine. C’est aussi un voyage initiatique dans l’univers de ce chanteur atypique.
Dans un décor apparemment vierge, la musique est au premier plan, précédant la danse. Sept personnages en quête de l’autre vont pourtant faire l’apprentissage soit du chant soit de la danse comme un nouveau territoire à conquérir, à investir. Histoires des chansons mêlées aux fictions gestuelles, une forme apparaît sans hiérarchie entre ces deux univers. Ici, pas d’instrument de musique mais des voix et des corps qui viennent détourner les chansons et détrôner la place du chanteur et de la chorégraphe.
2008 vallée est un futur proche, sincèrement utopique, purement fictif et légèrement « hippie ». C’est aussi un paysage faussement lunaire, faussement gonflé mais au cœur  d’une rencontre bien réelle entre l’univers de ces artistes.

Je suis l’évolution de Katerine depuis quelques années, sachant que sa trajectoire a par ailleurs croisé celle d’une autre artiste que j’apprécie, Helena Noguerra. J’apprécie l’univers apparemment déjanté dans lequel il évolue. “Apparemment” car, à y regarder de plus près, les créations de Katerine se posent comme des critiques parfois féroces de notre société.

L’objectif de 2008 Vallée était de mettre en scène, de donner corps aux chansons de Robots après tout. Pari difficile mais réussi, avec un dispositif scénique original (une grande scène occupée par sept chanteurs/danseurs et leur micro), une réinterprétation de la plupart des titres de l’album, parfois combinés entre eux (ainsi de Borderline et de 20-04-2005), des moments vraiment drôles (à l’instar de ce dialogue pré-enregistré entre Katerine et Mathilde Monnier alors que cette dernière évoque ses préoccupations capilaires), un impressionnant travail sur la voix et le corps (sans jamais faire de concession à la bien-pensance esthétique qui voudrait, par exemple, que seuls des corps parfaits puissent monter sur scène ; ici, chaque interprète possède ses aspérités tant physiques que vocales, donnant sens et volume à la pièce). Cette oeuvre est une réussite, même si elle exige une ouverture d’esprit dont ne sont apparemment pas capables tous les spectateurs.

J’étais en effet assis devant six retraités qui ne se privaient pas pour déverser leur bile sur une oeuvre qu’ils ne comprenaient pas. Plus dérangeant : ils s’exclamaient tellement forts que toute la salle les entendait, jusqu’aux artistes sur scène, lors d’un moment où Katerine avait “coupé le son”. Ce comportement, déjà difficilement acceptable au cinéma, est à mon sens intolérable lors d’une représentation d’un spectacle vivant. On peut ne pas aimer, mais on respecte le travail des personnes sur scène en gardant le silence ou en s’en allant. Mais on ne s’exclame pas : “qu’est-ce qu’ils ont du fumer comme pétards avant de monter sur scène !” Je vous passe les remarques encore moins subtiles entendues au cours de cette heure et demi…

La Vie des Autres, de Florian Henckel von Donnersmarck

Beau film que cette Vie des Autres sur la période précédant la Chute du Mur de Berlin en RDA. Georg Dreyman, auteur à succès, est mis sur écoute par la STASI. Cette mesure est guidée par des considérations non pas politiques, mais personnelles : le ministre de la culture s’est épris de la femme avec laquelle Georg partage sa vie, une très belle actrice. En faisant surveiller l’intellectuel par la police secrète est-allemande, le ministre espère pouvoir se débarasser de son gênant rival. Désormais, chaque élément de la vie de Georg sera épié et décortiqué. La mise en scène réussit bien à retranscrire le climat pesant que faisait peser le régime communiste sur le peuple et, en particulier, sur les opposants potentiels. Le scénario met en avant l’absurdité d’un système longuement asservi par la nomenklatura. Système totalitaire dont les idées initiales furent complètement perverties par les hommes, le régime cassait des existences entières. Dans un tel contexte, les hommes peuvent-ils encore changer et se rebeller ?

Cashback, de Sean Ellis

Enorme coup de coeur pour Cashback !

Après une rupture particulièrement difficile, Ben, étudiant en arts plastiques, n’arrive plus à dormir. Alors, pour rentabiliser ces huit heures de plus qui s’offrent quotidiennement à lui, il décide de prendre un boulot de nuit dans un supermarché. Là, il découvre que ses insomnies ont un drôle d’effet secondaire : il est désormais capable de suspendre le temps pour saisir sur une toile la beauté des clientes du magasin.

Avec ce long-métrage, Sean Ellis adapte le court qui lui avait valu l’estime de la critique. Beaucoup d’humour et de sensibilité dans ce scénario qui invite à profiter des petits trésors du quotidien. Une mise en scène impeccable, une ambiance à part et une bande originale de haut vol (avec, notamment, Bang Gang, Frankie Goes To Hollywood ou encore Röyksopp) font de ce film un incontournable du moment !

L’incroyable destin de Harold Crick, de Marc Forster

Il passe actuellement au cinéma un film susceptible d’intéresser toute personne avec quelques velléités d’écriture, L’incroyable destin de Harold Crick.

Avant d’en évoquer plus précisément le sujet, petit aparté concernant le titre français : je suis prêt à parier qu’on devrait bientôt voir apparaître sur le Net des mouvements anti-{fabuleux, incroyable} destin. Il faut dire que la manoeuvre du distributeur français, qui a certainement souhaité surfer sur l’effet Amélie Poulain, n’est pas des plus fines. C’est pourquoi, dans la suite de ce billet, j’évoquerai ce long-métrage de Marc Forster sous son appellation originelle, Stranger than fiction.

C’est l’histoire d’un contrôleur des impôts qui mène une vie terne et banale. Son quotidien, auparavant réglé comme du papier à musique, prend un tour imprévu le jour où il entend une voix narrer non seulement ses actions mais aussi ses pensées. De fil en aiguille, il découvre qu’il est le personnage d’un roman dont l’auteur, Karen Eiffel cherche désespérément à écrire la fin. Et, pour ce faire, elle a décidé de tuer Harold. Celui-ci n’a plus qu’un espoir : prendre sa vie en main et tenter de transformer en comédie la tragédie à laquelle l’écrivain souhaitait donner naissance.

Le scénario signé Zach Helm – une jolie mise en abîme du processus de création littéraire – est mis en valeur par la réalisation de Marc Forster et le jeu des acteurs (Emma Thompson, Maggie Gyllenhaal, Dustin Hoffman mais aussi Will Ferrell, horripilant dans un bon nombre de ses prestations précédentes, qui propose ici une composition efficace et sans excès). Le film s’ouvre sur quelques intéressantes séquences où intervient un peu d’animation pour suggérer qu’Harold maintient son existence dans une rigueur mathématique paralysante : il compte le nombre de pas nécessaires pour traverser un passage piéton, il trouve en quelques secondes le résultat d’une multiplication de nombres à 3 chiffres, il ne laisse jamais rien au hasard. Ce carcan vole en éclat quand il prend conscience de sa mort prochaine. Si le propos peut paraître convenu, il s’illustre par l’originalité de son traitement. D’autant plus que l’intrigue évite l’écueil des rebondissements mélodramatiques qu’on a l’habitude de trouver dans les productions américaines. Le film évite ainsi le pathos pour offrir à la place une réflexion sur les rapports entre un auteur et ses personnages.

Vous l’aurez compris, Stranger than fiction est une des bonnes surprises cinématographiques de ce début d’année !