Solanin T.2, de Inio Asano

Couverture du second tome de SolaninAvec ce second tome, Inio Asano clôt de main de maître Solanin (dont le premier opus avait été un des mangas les plus enthousiasmants de la fin d’année 2007). Le trait est toujours aussi clair, la narration maîtrisée. Ce qui a changé depuis le premier tome, c’est l’ambiance générale et l’état d’esprit des jeunes adultes japonais sur lesquels se focalise l’intrigue. Un peu comme s’ils s’étaient enfin armés pour avancer dans leurs vies.

Ces nouveaux chapitres explorent avec beaucoup de pertinence et d’optimisme le travail de deuil, qu’il s’agisse d’une époque révolue ou d’un être cher disparu. L’héroïne, Meiko, est le meilleur exemple de cet effort pour aller au-delà de l’immobilisme et du regret. Elle parvient à réordonner son univers intime pour revivre. Un personnage fort, comme tous ceux croisés dans Solanin, une oeuvre appelée à faire date !

Solanin T.2, par Inio Asano
Série (terminée) en 2 volumes
Genre : récit du quotidien de jeunes adultes japonais
À partir de 15 ans
Éditeur : Kana
Collection Made In

Mon avis : Indispensable !

En bonus, je vous livre une citation de cet ouvrage. Le propos donne une bonne idée de l’énergie qui porte ce manga : “Sache que quand on décide de faire quelque chose pour de bon, il ne faut jamais renoncer.

Okhéania T.1, de Eric Corbeyran et Alice Picard

Couverture du premier tome de OkhéaniaEric Corbeyran et Alice Picard donnent naissance, pour leur deuxième collaboration, à une oeuvre très différente de Weëna. Il faut dire que Okhéania est édité dans la collection Cosmo de Dargaud, dont l’objectif est de développer des intrigues sur des volumes de 80 pages, avec une narration aérée. Du coup, l’histoire se met en place doucement, mais efficacement. Le scénario introduit un univers fantastique dans lequel les êtres humains doivent cohabiter avec une nature toute puissante. Okhéania est en effet une planète sur laquelle l’omni-présence de la végétation a empêché l’émergence de pays ; les hommes vivent à bord de vaisseaux qui naviguent sur des flots de feuilles. Les populations ainsi éparpillées sur le globe n’ont encore qu’une vision très partielle de leur monde et les mythes ont encore la peau dure. Le premier tome de cette série s’ouvre alors que deux jeunes garçons se retrouvent pris dans des péripéties qui les vont les conduire à remettre en question leurs croyances.

Okhéania se lit sans accroc, mais aussi sans accroche : l’ensemble est divertissant mais le développement paraît banal. Le récit, assez simple dans ses enjeux, est à conseiller plutôt à un jeune public en mal d’aventures qu’à un lectorat adulte. Reste toutefois un bel hommage aux thématiques écologiques telles que les a popularisées le réalisateur japonais Hayao Miyazaki.

Okhéania T.1, par Eric Corbeyran et Alice Picard
Série en cours, un tome paru sur quatre prévus
Genre : fiction écologique
À partir de 11 ans
Éditeur : Dargaud
Collection Cosmo

Mon avis : Pourquoi pas ?

Le rouge vous va si bien, de Lucie Durbiano

Couverture du Rouge vous va si bien de Lucie DurbianoAprès avoir réellement percé dans le monde de la bande dessinée avec Orage et Désespoir, Lucie Durbiano entame 2008 en proposant une relecture de plusieurs contes pour enfants… mais il ne faut pas se fier aux apparences : c’est bien d’histoires (d’) adultes dont il est question ici.

Les récits peuvent être très courts (6 planches) ou plus étendus, tous frappent par leur justesse. Jusqu’à toucher au coeur le lecteur qui n’y prenait pas garde, comme le fait la chute de la seconde nouvelle, Lili et Charlie. Dans des récits aussi éclectiques (on y croise le Chaperon Rouge, le lapin d’Alice au Pays des Merveilles ou encore le gratin du show-business) qu’efficaces, l’auteur explore le large panel des sentiments humains contradictoires : de l’ingénuité feinte à l’assumation des sacrifices nécessaires à l’affirmation de soi en passant par l’amour obsessionnel, Le rouge vous va si bien propose des nouvelles amorales maîtrisées et percutantes, portées par le dessin faussement naïf de son auteur. Encore un bel ouvrage pour la collection Bayou de Gallimard !

Le rouge vous va si bien, par Lucie Durbiano
One-shot
Genre : relecture de contes, exploration des sentiments humains
À partir de 15 ans
Éditeur : Gallimard
Collection : Bayou

Mon avis : Indispensable ! 

Cross Game T.1, de Mitsuru Adachi

Couverture du premier tome de Cross GameLa préparation de ma soutenance de thèse en décembre dernier a entraîné un certain retard dans mes lectures. C’est ainsi que Cross Game est longtemps resté sur ma pile de chevet. Mais, récemment, ma curiosité pour ce titre a été relancée après que le prix du meilleur manga jeunesse lui ait été remis au Salon du Livre Jeunesse de Montreuil à l’automne 2007.

Chez Adachi, deux éléments en particulier m’impressionnent. D’abord son talent pour narrer le quotidien, pour poser une ambiance, pour distiller des informations sur ses personnages. Ensuite son sens du découpage et sa virtuosité dans la construction d’une planche.
Le principal reproche qu’on peut adresser à cet auteur, c’est de ne pas suffisamment se renouveler : bien souvent, ses titres se focalisent sur des histoires d’amours adolescentes sur fond de baseball. Ici encore, il est probable que les liens avec ses oeuvres précédentes (notamment Touch, plus connu en France sous le nom de Théo ou la batte de la victoire) seront nombreux. En tout cas, c’est la conjecture qu’ouvre la fin de ce premier tome de Cross Game. Celle-ci marque un rebondissement surprenant, qui signe le véritable démarrage de l’intrigue. Le titre est prometteur, les personnages attachants et le dessin maîtrisé. Mais seule la suite permettra de juger de la force véritable de ce manga qui, sans être une vraie claque, porte en germe de beaux fruits (et je ne suis apparemment pas le seul à penser cela).

Cross Game, par Mitsuru Adachi
Série en cours (4 tomes parus en France, 10 tomes parus au Japon)
Genre : amours adolescentes et vie quotidienne
À partir de 12 ans
Éditeur : Tonkam

Mon avis : Recommandé

Les Funérailles de Luce, de Benoît Springer

Couverture des Funérailles de LuceLe quotidien des personnes âgées est devenu une véritable question de société suite à la canicule de l’été 2003. La BD européenne s’est elle aussi appropriée ce sujet. Pascal Rabaté, entre autres, avait ouvert le feu en publiant en 2006 l’excellent Les Petits Ruisseaux. Springer lui emboîte le pas en ajoutant un élément à la donne : le rapport à la mort (de ses amis notamment) – donc également à la vie.

Luce, une petite fille, passe une partie de l’été chez son grand-père, dans un village de campagne. Comme le suggère le titre, elle y sera confrontée à la disparition d’une personne. Springer relate ainsi comment une gamine prend conscience du sort qui attend chaque être vivant. Il dépeint au passage les différents comportements du 3e âge vis-à-vis de la mort : fatalistes, certains considèrent qu’ils ne sont plus de prime jeunesse et qu’ils doivent attendre leur heure tandis que d’autres, plus combattifs, vivent chaque instant pleinement, sans sombrer dans l’auto-apitoiement.

Ce portrait de générations donne l’occasion à l’auteur de livrer des planches en noir et blanc pleines de subtilités, tant dans les rythmes que dans les cadrages adoptés. Une belle oeuvre, toute en nuances, qui séduit par son authenticité !

Les Funérailles de Luce, par Benoît Springer
One-shot
Genre : quotidien des personnes âgées, découverte du concept de “mort”
À partir de 14 ans
Éditeur : Vents d’Ouest

Mon avis : Chaudement recommandé